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« On se croirait dans le vaisseau de “Star Trek” ! »

Tous ceux à qui j’ai raconté mon projet m’ont fait à peu près la même réflexion : « Vraiment ? Tu as bien du courage de te lancer là-dedans ! »

Ce « là-dedans », ce n’est pas l’ascension de l’Everest en tongs, mais une virée de dix jours en camping-car sur les petites routes de France, road trip post-pandémique en compagnie de mes deux fils de 5 et 8 ans et de leur cousin, 12 ans au compteur, encore relié aux rives de l’enfance par une prémolaire qui ne tient plus qu’à un fil. Ce « là-dedans », c’est aussi une boîte surmontée du logo « Chausson », dans laquelle nous allons devoir dormir, manger, nous laver, et sans doute nous marcher sur les pieds.

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Si ce projet suscite tellement de réserves autour de moi, c’est pour plusieurs raisons : d’abord, mon piètre sens de l’organisation est légendaire ; ensuite, le Covid-19 continue à planer comme un vautour sur les réjouissances estivales ; enfin, je n’ai jamais conduit de ma vie un mastodonte de 7,46 mètres de long.

Je suis donc pétri d’un certain nombre d’angoisses avant le départ, la pire d’entre elles étant d’écraser un enfant lors d’une marche arrière à l’aveugle. En me documentant, j’apprends que ce cube itinérant est non seulement un véhicule endémique (1,8 million de camping-cars circulent en Europe, dont 500 000 en France), mais également la porte d’entrée vers un monde animiste où souffle « l’Esprit Camping-Car ».

Un sommet de coolitude paradoxal

« La vie en camping-car, ce n’est pas juste une mode de bobos qui s’en détourneront au premier changement de caisse de W.-C. C’est surtout une philosophie simple, basée sur la vie, sur les petits bonheurs de se poser dans un coin, admirer dame nature, la respecter, vivre avec elle et non contre-elle », écrit l’éditorialiste d’une revue spécialisée.

Alors que 88 % des camping-caristes sont propriétaires de leur véhicule, je fais partie d’un nouveau public hétéroclite de « primo-locataires » qui a augmenté de 50 % depuis le déconfinement. Véritable bulle roulante, le camping-car permet de maîtriser son degré d’exposition par rapport à l’extérieur, mais ce seul aspect sanitaire ne suffit pas à expliquer son succès.

« En prime, il y a une crotte d’oiseau sur la porte d’entrée », fait remarquer le type de la concession, tout sourire. Va-t-il la nettoyer avant de nous passer les clés ? Absolument pas.

Propulsé par la culture normcore (l’hyper-normalité érigée au rang d’esthétique d’avant-garde), cet ancien marqueur de la franchouillardise tendance bob Ricard s’est progressivement inscrit dans la pop culture, au point de figurer – au même titre que les claquettes – un sommet de coolitude paradoxale. Seuls 13 % des gens trouvent encore ça ringard (sondage OpinionWay, mai 2020). N’est-ce pas à bord d’un camping-car que « Fourchette », le personnage central de Toy Story 4, démarre son voyage initiatique ? « Vous avez une petite douche extérieure si vous voulez vous rincer les pieds. Pour vidanger les eaux grises, il faut tirer ici. C’est un système de guillotine », me dit le type de la concession de Brive où j’ai loué mon véhicule, en m’indiquant une poignée qui émerge de sous la carlingue.

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