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Menaces du président de la République à l’endroit du gouvernement : Tel Ponce Pilate… | Gabonreview.com

 

Avec des accents de déjà entendu, la dernière admonestation d’Ali Bongo procède d’un refus d’assumer son bilan.

Refusant d’assumer son bilan, Ali Bongo cherche à apparaître comme la victime des errements des autres. Mais, dans leur lettre, les textes en font le principal responsable de la situation présente. © Facebook/PresidenceGabon

 

Une fois de plus, peut-être une fois de trop, Ali Bongo se pose en héraut de la culture du résultat. Clôturant le séminaire gouvernemental, il a invité les ministres à «passer de la parole aux actes, de la théorie à la pratique», menaçant de se débarrasser des moins performants d’entre eux. Une admonestation aux accents de déjà entendu : à l’occasion du 59è anniversaire de l’indépendance ou lors de ses vœux à la nation du 31 décembre 2019, il avait déjà tenu les mêmes propos. Près de deux ans plus loin, chacun peut en évaluer la portée. Tout le monde peut en tirer des enseignements. Quand bien même il ne fera jamais amende honorable, le président de la République le sait : la responsabilité première est la sienne. En son for intérieur, il en a conscience : les résultats dépendent avant tout de lui.

Une illisibilité propice aux arrangements les plus douteux

Dès après son accession au pouvoir, Ali Bongo s’est employé à neutraliser le gouvernement, élargissant les pouvoirs de son cabinet. Hormis Paul Biyoghé Mba et, dans une moindre mesure, Emmanuel Issoze-Ngondet, tous les premiers ministres se sont laissé court-circuiter par les directeurs de cabinet du président de la République. Tous ont vu leur capacité d’action se réduire. Certains ont fini par se muer en exécutants voire en figurants. On l’a vu avec un Raymond Ndong Sima contrarié par l’omnipotence de Maixent Accrombessi. On l’a déploré avec un Daniel Ona Ondo, mis sous l’éteignoir par la même personnalité. On s’en est gaussé en voyant Julien Nkoghé Békalé devenir le relais de Brice Laccruche-Alihanga. Rose Christiane Ossouka Raponda pourra-t-elle faire exception ? Aura-t-elle le cran de faire pièce au pouvoir du coordonnateur général des affaires présidentielles, nouveau manitou du cabinet d’Ali Bongo ?

La révision constitutionnelle de janvier 2018 ayant fait du président de la République «le détenteur suprême» et exclusif du pouvoir exécutif, son cabinet a gagné en influence. Comme par un jeu de balancier, le Premier ministre a perdu en autorité. En mettant en demeure le gouvernement, Ali Bongo a essayé de dégager sa propre responsabilité. Tel Ponce Pilate, il s’est lavé les mains. Pourtant, il ne s’est jamais donné les moyens d’améliorer la gouvernance. Membre actif du Parti démocratique gabonais (PDG), il a encouragé la porosité entre l’appareil d’Etat et sa formation politique. Trop souvent, il a donné l’impression de préférer le militantisme tapageur à la compétence administrative. Désireux de verrouiller le jeu politique, il a initié des réformes peu conformes à l’esprit de nos institutions. Il en a résulté une illisibilité propice aux arrangements les plus douteux. Cherchant à contrôler les élites, il a fait la promotion de personnalités à la réputation sulfureuse, manipulables à souhait en raison de leurs casseroles.

Partition bien connue

La gouvernance d’Ali Bongo a toujours suscité les plus vives réserves et les plus fermes critiques. Sur la pertinence de ses orientations stratégiques, comme sur l’efficacité de ses options opérationnelles, son rythme de travail ou les états de service de ses collaborateurs tant de choses ont été dites. Face à l’accumulation de faux pas, il a systématiquement essayé de rejeter la faute sur autrui. Accusant les membres du gouvernement d’avoir fait des choix «orientés vers le village, l’ethnie, le clan ou la province», il a dénoncé des «erreurs de casting», prenant l’engagement de «placer l’homme qu’il faut à la place qu’il faut» dès octobre 2010, c’est-à-dire un an après son arrivée à la tête du pays. En février 2014, il s’en prenait à Paul Biyoghé Mba et Raymond Ndong Sima, respectivement qualifiés de «présomptueux» et «falot». Dans la foulée, il encensait Daniel Ona Ondo, présenté comme une «perle rare.» On connait la suite… En dénonçant l’inaction du gouvernement, le président de la République rejoue une partition bien connue.

Refusant d’assumer son bilan, Ali Bongo cherche à apparaître comme la victime des errements des autres. Mais, dans leur lettre, les textes en font le principal responsable de la situation présente. Pis, sa pratique politique ne plaide pas en sa faveur. Ayant initié une modification constitutionnelle aux fins de s’accaparer la totalité du pouvoir exécutif, il ne peut se placer au-dessus de la mêlée. Ayant usé six premiers ministres en 11 ans tout en se livrant à une valse des ministres, il ne peut s’exonérer. S’étant fait le chantre d’un jeunisme débridé et sans complexe, il ne peut se dédouaner. Par souci de cohérence avec lui-même, pour le respect dû à sa fonction, il doit assumer sa part de responsabilité. Et Dieu sait si elle est immense…


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