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l’improbable titre de Vincent Luis en triathlon, sabre au clair et retour sur une tireuse d’élite

Ce qui aurait pu se passer ce 27 juillet

A quoi tient un premier titre olympique ? Pour le triathlon français, la médaille d’or de Vincent Luis doit beaucoup aux talents combinés du champion du monde 2019, mais aussi à une fâcheuse erreur d’intendance. Quand il gare son vélo après l’épreuve de cyclisme, le Français est accompagné de deux clients : les Espagnols Javier Gomez (médaillé d’argent à Londres en 2012) et Mario Mola. Dix kilomètres de course attendent encore les trois triathlètes, mais après quelques foulées, le quintuple champion du monde sent ses pieds à l’étroit.

Un coup d’œil suffit à Gomez pour comprendre le problème : s’il reconnaît bien la paire de chaussures, il ne s’agit pas de la sienne mais de celle de Molina. Il en touche un mot à son compatriote et les deux hommes hésitent sur la marche à suivre. Doivent-ils procéder à un changement de chaussures au risque de laisser partir Vincent Luis ou continuer quoi qu’il en coûte à leurs voûtes plantaires ? « Je fais du 43 et Mario du 42, on s’est dit qu’on pouvait finir avec les chaussures de l’autre », racontera Gomez.

Opportuniste, le natif de Vesoul a creusé un petit écart afin de mettre le doute aux Espagnols réputés meilleurs que lui en course à pied. Accablé par sa mésaventure, Molina ne reviendra jamais, mais Gomez serre les dents pour fondre sur Vincent Luis. Gomez a voulu revoir Vesoul mais a surtout senti d’horribles ampoules le saisir. Incapable de sprinter, il laisse son adversaire filer vers le titre. C’est enfin le pied pour le triathlon français qui attendait sa première médaille olympique depuis 1996. Un peu moins pour l’intendant de l’équipe espagnole.

Le Covid nous a aussi privés…

… de la victoire de Mathieu van der Poel en VTT, malgré une chute et une crevaison dans le premier tour. A l’arrivée, il bénéficie d’assez de marge pour attraper un drapeau néerlandais et un français en mémoire de Raymond Poulidor, son grand-père. Grosse émotion dans le Limousin.

… de Donald Trump déplaçant en un tweet sa bataille diplomatique contre la Chine sur le terrain du tennis de table : « Je viens de voir un match entre une Belge et une Brésilienne et les deux étaient chinoises en réalité. EST-CE BIEN SERIEUX @CIO ? »

… d’un sérieux coup de vieux. Misugu Okamoto, 14 ans, devient la première championne olympique de l’histoire du skateboard. Dans la foulée, la Japonaise annonce pourtant sa retraite afin de préparer son entrée au lycée avec deux ans d’avance.

Elle aurait dû y être

Manon Brunet, 24 ans, sabreuse (4e au sabre aux JO en 2016):

« Je serai en vacances le 27 juillet, mais je ne sais pas du tout où je vais partir [l’entretien a été réalisé début juin]. Je n’avais pas prévu des vacances fin juillet cette année. J’allais à Tokyo pour faire deux médailles, en individuel et par équipes. Que ça soit en 2020 ou 2021, ça ne change rien à mes objectifs. Je n’ai que 24 ans et je me dis qu’un décalage d’un an ne me pénalise pas trop.

Manon Brunet, chamionne du sabre par équipe, à Wuxi (Chine), le 27 juillet 2018.

Je ne suis jamais allée à Tokyo et je ne pense pas qu’on ira au Japon avant les Jeux. En escrime, une piste ça reste une piste, peu importe la ville ou le pays. On ira s’entraîner dans la salle deux ou trois jours avant.

Quand on a appris que les Jeux étaient décalés d’un an, j’étais dans une période où je me mettais un peu la pression, à me dire que je n’étais pas prête, à sentir le stress. J’avais des difficultés à retrouver le niveau qui m’avait permis de gagner des épreuves de la Coupe du monde. On va dire que le report m’a un peu détendue [rires]. Mais Tokyo est toujours dans ma tête, j’y pense tout le temps. Je continue à faire des rêves où je me retrouve le jour de la compétition.

Lire aussi JO 2016 – escrime : Manon Brunet manque de peu le bronze

Sur un match, le sabre est une arme très aléatoire. Une tireuse mal classée peut sortir une des meilleures, mais elle n’ira pas jusqu’au bout de la compétition. Je le sais et ça m’oblige à être prête d’entrée. Par rapport à l’épée ou au fleuret, les touches défilent beaucoup plus vite et la moindre absence peut être fatale. On peut moins gérer. Même à 14-8, un match peut très vite tourner dans le mauvais sens.

Le sabre est arrivé en 2000 chez les femmes et il n’y a jamais eu de médaille française. Si je peux ramener la première en individuel ou par équipes, ça serait top, mais j’ai surtout envie de ramener cette médaille pour moi. »

Il n’y a qu’aux JO qu’on voit ça

Zhang Shan, tireuse d’élite plus forte que ces messieurs

Aux Jeux olympiques, si une femme veut rivaliser avec un homme, elle doit enfourcher un cheval. Comme en dressage où le titre n’a pas échappé à ces dames depuis 1988. L’équitation reste donc le seul sport mixte au programme, c’est-à-dire en confrontations directes et non pas par équipes composées d’hommes et de femmes comme dans certains relais en natation ou en athlétisme. Lors des Jeux de Barcelone en 1992, la finale du tir en skeet (du ball-trap avec des cibles mobiles, pour résumer) a pourtant créé l’événement. Pour la première fois, l’épreuve est ouverte aux deux sexes.

La Chinoise Zhang Shan fait sensation lors des qualifications et en demi-finales. Sur 200 cibles, elle en touche 200. En finale, elle est entourée de sept concurrents et rate deux cibles sur les 25 à tirer. Mais forte de son avance, elle devient championne olympique et établit un nouveau record du monde.

L’orgueil masculin est touché et la fédération internationale de tir décide de supprimer l’épreuve mixte quatre ans plus tard à Atlanta. Zhang Shan ne peut défendre son titre, mais pire encore : seule l’épreuve masculine est organisée. L’oubli est réparé en 2000 et le skeet féminin inscrit au programme cette fois. En fin de carrière, Zhang Shan termine seulement 8e. Peu importe, elle reste pour l’instant la première et la dernière championne olympique mixte en tir.

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