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« Les Jeux de Paris se dérouleront bien en 2024, quoi qu’il se passe à Tokyo »

Le président de Paris 2024, Tony Estanguet, lors d’une conférence sur les Jeux olympiques et paralympiques, le 1er octobre 2020 à Paris.

De son propre aveu, Tony Estanguet sort d’une année « assez folle », « éprouvante ». Une année qui aura vu le Covid repousser d’un an les Jeux olympiques de Tokyo et contraindre les organisateurs de Paris 2024 à trouver près de 300 millions d’euros d’économies. Mais le patron des JO de Paris se dit déterminé – « peut-être plus encore qu’au début de cette crise » – à garder intacte l’ambition du projet. « Pour l’instant, tous les indicateurs sont au vert », assure-t-il.

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L’incertitude plane sur la tenue des Jeux olympiques de Tokyo. Est-ce raisonnable d’organiser des Jeux l’été prochain au Japon, avec la recrudescence de la pandémie ?

Depuis le début de cette crise, le monde du sport s’adapte. Bien évidemment, les organisateurs des JO de Tokyo n’organiseront les Jeux que si les conditions le permettent. Ils ont travaillé sur différentes solutions pour s’adapter à ce contexte sanitaire avec plus ou moins de public, la mise en place de tests et d’un système de bulles. Tout a été pensé pour que ces Jeux puissent se tenir avec un très haut niveau de sécurité sanitaire.

Quelles seraient les conséquences pour Paris 2024 d’un nouveau report voire d’une annulation des JO de Tokyo ?

Si je m’en tiens aux échanges avec le CIO, je n’ai pas l’impression qu’il y aura un nouveau report. Les impacts pour Paris 2024 sont quand même assez limités, on a notre propre calendrier. Depuis un an, on n’a pas été impactés par le report. Nos Jeux se dérouleront bien en 2024, quoi qu’il se passe à Tokyo. Je souhaite ardemment, comme beaucoup, que ces Jeux aient lieu parce que ça va créer une dynamique forte – notamment avec la cérémonie de passation –, mais Paris 2024 n’est pas lié au destin de Tokyo.

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Dick Pound, membre du CIO, s’est déclaré favorable à une vaccination prioritaire des athlètes pour leur participation aux JO. Quelle est votre position sur le sujet ?

Je n’ai pas à me prononcer sur le fait que les athlètes soient prioritaires. Je suis partagé sur le caractère obligatoire de la vaccination, un athlète qui respecte les gestes barrières et qui est négatif aux tests doit pouvoir participer aux Jeux. A titre personnel, je suis favorable à la vaccination. Mais je n’ai pas entendu Tokyo ni les organisations internationales parler de vaccination obligatoire.

Etudiez-vous l’hypothèse de Jeux à huis clos ou en mode dégradé ?

Il est trop tôt pour travailler sur le nombre de spectateurs. La billetterie ouvre un an avant le début des Jeux, il y a encore du temps pour ajuster en 2023 le modèle de billetterie, jusqu’en 2024 si nécessaire. On va observer ce qui va se passer à Tokyo, ils ont différentes options, on fera un débriefing avec eux à la fin de cette année.

Quelles sont vos priorités pour 2021 ?

Définir le concept des cérémonies d’ouverture et de clôture. C’est un vrai marqueur, ce sont les moments les plus regardés pendant les Jeux. Je souhaite des alternatives au modèle classique dans un stade, pour l’ouvrir au cœur de la ville. On réfléchit à la place que pourrait avoir la Seine. Les quais peuvent accueillir beaucoup de monde, cela permettrait d’utiliser et valoriser un patrimoine existant plutôt que de créer artistiquement des « tableaux » dans un stade, et nous serions en lien avec la Seine-Saint-Denis grâce aux canaux. Il est important que le département reste au cœur des concepts de célébration…

Mon objectif est de pouvoir peut-être faire deux cérémonies au Stade de France et deux à Paris. Essayer d’innover pour être la première édition des Jeux où des cérémonies se tiendront en dehors du stade olympique.

Comment seraient financées ces cérémonies au cœur de Paris ?

Il y aura de la billetterie, mais si on fait dix fois plus de personnes en sortant les cérémonies du stade, on peut imaginer que le prix des billets va être réduit par dix. Et il y aura une partie gratuite, ce sera un message très fort.

Ça va poser d’énormes défis en termes de sécurité notamment…

La sécurité sera, bien sûr, un facteur-clé de la décision, comme elle l’est depuis le début de ce projet. Mais on a beaucoup d’expérience. Des événements ont déjà été organisés sur les Champs-Elysées ou sur le Champ-de-Mars, je pense à la fan-zone à l’Euro de football. Des études de faisabilité sont lancées dès maintenant. Mais on doit rester ambitieux. Malgré le contexte, on peut rester rêveur.

Le chantier du village olympique doit commencer au printemps. La recrudescence de la pandémie ne menace-t-elle pas le calendrier ?

Pour le moment et malgré tout ce qui s’est passé l’année dernière, aucun retard n’a été identifié. Si les travaux du village des athlètes commencent au printemps – tout est prêt –, on reste dans les temps prévus avant la crise sanitaire. Les travaux doivent normalement être terminés à la fin de l’année 2023. On veut pouvoir tester les équipements avant [l’ouverture des Jeux] le 26 juillet 2024, mais on a encore une petite marge de quelques mois qui nous permet d’absorber des aléas potentiels.

Fin 2020, vous aviez réalisé 46 % de votre objectif de 1,1 milliard d’euros en matière de partenariats. Quel cap vous fixez-vous pour 2021 ?

L’objectif des deux tiers. Avec la situation sanitaire, des observateurs disent que c’est surréaliste. Ce sera peut-être 60 %, mais je reste confiant, la force d’attractivité de notre projet est intacte, voire meilleure. On discute avec différents secteurs d’activité, où les consommateurs ont une part importante. Le contexte actuel rallonge juste un peu les discussions avec des entreprises qui doivent souvent, en ce moment, se réorganiser.

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Plus de 80 % des Japonais souhaitent un nouveau report ou l’annulation des JO de Tokyo. N’avez-vous pas peur d’une désaffection croissante pour Paris 2024 ?

Je reste confiant. Le soutien des Français est très haut, 84 % sont favorables aux Jeux, selon un sondage réalisé fin décembre. On va contribuer, certes à notre niveau, à la relance économique du pays, avec plusieurs milliards d’euros de marchés ; on va créer des emplois, notamment en Seine-Saint-Denis, un territoire qui en a besoin. Si on continue cette logique d’ouvrir les Jeux pendant quatre ans à tout le pays, et pas uniquement sur un territoire précis pendant quinze jours, je crois qu’on gardera une adhésion très forte des Français.


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