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Les jeunes sont des co-créateurs, des bâtisseurs! (Par El Hadji THIAM)


Nous sommes informés et réprimandés par les intellectuels, mobilisés et sollicités pour notre vote ou nos dons, mais nous ne sommes pas traités comme des citoyens qui partagent la responsabilité de la loi, de la politique ou du développement communautaire.

Nous sommes informés et réprimandés par les intellectuels, mobilisés et sollicités pour notre vote ou nos dons, mais nous ne sommes pas traités comme des citoyens qui partagent la responsabilité de la loi, de la politique ou du développement communautaire. Royukaay donne l’exemple.

L’idée que le travail public impose des sacrifices de la part des citoyens a germé bien avant l’accélération, de plus en plus progressive, du problème de chômage dans le monde. C’est à travers son livre phare Awekening Democracy Through public work que le théoricien politique américain Harry Boyte a su partager ses convictions presque radicales à propos de la nécessite de valoriser le “ souci de l’engagement communautaire” par le biais de l’éducation civique dans les grandes écoles et institutions scolaires, ou même au niveau primaire.

Boyte part de l’analyse selon laquelle les jeunes ne doivent en aucune manière – dans un contexte d’évolution rapide des programmes politiques ou autres slogans vides de sens, abandonner la place assez importante qu’ils occupent en territoire politique. Cette perspective de Boyte invite les acteurs de tous horizons et professions à réfléchir à la manière dont, dans leurs activités quotidiennes, ils peuvent contribuer à un environnement social sain, plus fort, plus solidaire et plus participatif.

Boyte décrit sa vision de la citoyenneté comme” une approche… dans laquelle les citoyens sont des co-créateurs, des bâtisseurs du monde commun, pas simplement des électeurs et des bénévoles qui s’intègrent dans ce monde ou des manifestants qui s’y opposent “. Dés lors, il relève de l’absurdité de ne pas donner sens à “son éthique de conviction” -, notamment dans son propre pays, après avoir reçu une formation ou développé des compétences générales et/ ou académiques.

En même temps, il fait remarquer que le monde de l’engagement communautaire tend davantage à disparaître sur l’échiquier social à cause d’une forte “politique réductionniste ou manichéenne”, qui érode la citoyenneté, communique que la politique est une guerre – qu’il faut précisément penser en termes de ressources qu’on exploite pour marquer son rôle dans cette même société politique. A partir de ce moment, le gouvernement devient même une cible pour gagner des ressources, et non un partenaire dans “ la résolution des problèmes”. Il pointe ainsi du doigt le manque de synergie collective autour du projet de changement social, accordé tout naturellement à la transformation de plusieurs schémas de pensée en vigueur – et qui ne font que faire retarder les processus de révolution sociale et politique dans de nombreuses zones.

Dans ce cas, le raisonnement généralisé voudrait que tout type d’organisation, opérant au sein de la société civile, soit assujetti au principe de l’efficacité et celui de la culture numérique, envisagés comme des modèles de technocratie opposés au culte de “ l’engagement communautaire”. La technocratie est, selon Harry Boyte, une manière de minimiser l’impact que pourrait avoir l’action des jeunes engagés pour le service de tous; car on ne cesse de confondre action civique, engagement communautaire, et la prestation de services qu’offrent beaucoup d’organisations, à savoir les agences gouvernementales, les organisations non gouvernementales, les institutions politiques, ainsi de suite.

La technocratie, maîtrisée par les experts, est accélérée par le principe de l’efficacité et la révolution numérique. Il réifie les milieux qui servaient autrefois des services d’apprentissage civique, transformant non seulement les écoles mais aussi les congrégations, les entreprises locales, les syndicats, les organisations à but non lucratif en opérations de prestation de services. Cette lecture fait de la vie civique, selon Boyte, une activité en dehors des heures de travail de la société civile, généralement à travers le volontariat, le service communautaire, qui sont vécus comme des oasis d’idéalisme civique.

Toutefois, on peut nettement en avoir le cœur net sur beaucoup d’aspects, surtout en ce qui concerne cet impact positif ressenti par les communautés grâce à l’action coordonnée des organisations communautaires sur le terrain.

Au Sénégal, l’implication de la jeune organisation Royukaay en est l’illustration la plus éclatante. En effet, ces jeunes ont administré la preuve qu’il est possible de faire jongler valeurs sociales et pragmatisme citoyen ( au sens noble) pour faire sens. Il s’agit de travailler à changer radicalement l’image de la société dans laquelle ils évoluent tout en inspirant la bonne conduite à leurs semblables, en particulier sur la base de rencontres/ débats et de soutien conséquent à la collectivité, aux femmes, aux enfants, aux démunis.

D’autres exemples sont aussi à l’honneur dans ce contexte de transformation structurelle – le travail de mobilisation se faisant intrinsèquement dans les milieux défavorisés à travers une action citoyenne ciblée et pratique. SEN VIE, ACTION FOR CHANGE,  JIF’AFRIK, JAC, ACTION FOR CHANGE, RACINES DE L’ESPOIR, FADEB, JEADER, ECOLOGIE UNIVERSELLE, JCI, G.A.L, SENUM, LIFE MOVEMENT, L’AGENCE MANUCREATUR, E.A.T, SUNU SOCIAL, JVE, EVOC CONSULTING, Le FORUM SOCIAL, CITOYEN21, DUNYA- ETHIC, MKS EVENTS, etc., ont presque en commun les mêmes préoccupations, c’est à dire trouver la bonne formule pour matérialiser ce changement nécessaire des mentalités à l’échelle sociale et politique.

De ce point de vue, les jeunes demeurent parfois mobilisés dans les écoles et institutions académiques pour exercer leur liberté en tant que citoyen en se faisant utile aux autres et à la collectivité. Ils s’organisent en petits groupes ou équipes et font lancer des procédures institutionnelles pratiques, souvent en collaboration avec des entités dédiées au socle de la révolution, ainsi qu’avec les acteurs concernés, dans différents districts. Aux États-unis par exemple, les jeunes sont moins sensibles aux discours dibilitants des acteurs politiques par rapport à la question de la valeur civique de leur action.

A l’inverse, aujourd’hui, selon les données de l’UNICEF, soixante onze millions de jeunes( 71) sont dans le chômage. Des chiffres de plus en plus inquiétants mais proportionnels à la logique des compétences et du niveau de formation que reçoivent les jeunes dans les différents continents, notamment en Afrique. Il a suffi qu’une jeune femme crie sa détresse à travers une vidéo devenue virale pour que d’aucuns se souviennent de l’omniprésence de ce phénomène au Sénégal, alors que très récemment le forum économique réfléchissait – dans le cadre de la journée mondiale des compétences de la jeunesse – sur la manière de changer de paradigme.

Le forum mondial avait invité des africains d’Algerie et de l’Afrique du Sud ainsi qu’un argentin pour analyser et proposer des solutions à la dégradation des compétences dans le monde – surtout que les STEM détiennent progressivement la part importante des programmes dédiés à l’éducation, oubliant de fait la nécessité d’enseigner les artifices de la raison critique et le sens de l’engagement communautaire par le biais de communication et du plaidoyer…Le problème demeure tout de même entier.

El Hadji Thiam est chroniqueur d’opinion et ancien rédacteur en chef de Campus Actu, par ailleurs rédacteur indépendant à Dunya- Ethic. Il est également le fondateur de la plateforme Citoyen21.


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