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les arguments discutables d’une pharmacienne sur le port du masque

La question du port du masque et de son utilité face au Covid-19 suscite, encore aujourd’hui, de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux. Une affiche d’une pharmacie belge expliquant pourquoi le personnel n’oblige pas le port du masque a été partagée des milliers de fois sur Facebook. Dans les commentaires, plusieurs internautes applaudissent la prise de position de l’officine.

Ce que dit l’affiche

« Pourquoi nous ne portons pas de masque ? Donc, pourquoi nous n’obligeons pas nos patients à en porter ? » Ces interrogations, inscrites en rouge et en lettres capitales, donnent le ton. L’affiche a été collée, le 11 juillet, par Sandrine Lejong, une pharmacienne belge, sur la devanture de son officine, à Morlanwelz, au lendemain de l’annonce de l’obligation du port des masques dans les commerces. L’affiche a été retirée, comme le raconte la RTBF, mais elle a été reprise sur les réseaux sociaux et a été très partagée en France sur Facebook.

Dans son texte, la pharmacienne énumère les raisons pour lesquelles elle prend « position en tant que scientifique et responsable » contre cette mesure sanitaire. Elle estime d’abord qu’« il n’existe pas de consensus scientifique prouvant que le port du masque dans la population générale réduit la propagation des virus ». Elle poursuit son argumentaire :

« Un masque déjà manipulé, touché, rangé dans le sac devient un nid de microbes très rapidement ; ce que vous risquez de respirer en circuit fermé.

La “pandémie” touche à sa fin, rien ne justifie que ce masque soit obligatoire maintenant (et pas recommandé en mars-avril…) »

La pharmacienne conclut que nous devons faire « confiance à notre corps », au « système immunitaire et l’immunité collective ».

Si certains propos sont subjectifs et relèvent de l’avis de la pharmacienne, d’autres éléments sont factuellement discutables. « Ce type de message venant d’un professionnel de santé est toujours un peu ennuyeux car les gens y apportent une crédibilité plus forte », déplore Pierre Parneix, médecin de santé publique et d’hygiène hospitalière au CHU de Bordeaux, contacté par Le Monde.

  • « La pandémie touche à sa fin »

FAUX

Cette affirmation est fausse. Lors de ses points presse, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) multiplie les avertissements : « Nous voulons tous reprendre le cours de nos vies. Mais la dure réalité est là : nous n’en avons pas encore bientôt fini », mettait en garde, fin juin, le directeur de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. Selon un bilan établi le 29 juillet par l’AFP, la pandémie de Covid-19 aurait fait au moins 660 000 morts dans le monde. Et le virus continue de circuler.

En Europe, plusieurs pays ont durci leurs mesures sanitaires face à la hausse du nombre de contaminations au mois de juillet, comme en Belgique. « Le virus est toujours parmi nous et il continue de se propager », avertissait, le 15 juillet, Margaritis Schinas, vice-président de la Commission européenne chargé des migrations et de la promotion du mode de vie européen. A ce stade, les systèmes de santé de l’UE sont loin d’être aussi submergés qu’au printemps. Le bilan humain quotidien du Covid-19 est bien inférieur à ce qu’il a pu être à cette période. Mais il est trop tôt pour écarter le risque d’un regain de l’épidémie.

Ailleurs, le virus circule encore activement, comme aux Etats-Unis ou au Brésil, deux des pays les plus endeuillés au monde et où « la flambée épidémique est en phase de transmission intense », selon l’OMS. En Afrique, l’OMS se dit également « préoccupée » et estime que le pic de la pandémie n’a pas été encore atteint. Autant d’éléments qui montrent que la pandémie « ne touche pas à sa fin ».

  • « Pas de consensus scientifique prouvant que le port du masque réduit la propagation des virus »

À NUANCER

La pharmacienne remet en cause l’utilité même du port du masque en tant que mesure barrière. S’agit-il de masques en tissu ? De masques chirurgicaux ? De masques FFP2 ? L’efficacité de ces différents types de protection diffère selon la situation dans laquelle ils sont portés, même s’il est vrai qu’il n’existe pas actuellement « d’étude randomisée, de preuve absolue de l’efficacité du masque », explique au Monde le professeur William Dab, ancien directeur général de la santé.

Pourtant, plusieurs analyses mettent en avant son efficacité dans la diminution du risque de transmission du coronavirus. L’OMS s’est, par exemple, appuyée, le 10 juin, sur une étude de la revue The Lancet pour « ajuster » ses recommandations sur le port du masque :

« L’efficacité du masque est, en effet, confirmée par de récentes études, à commencer par celle d’une équipe canadienne diligentée par l’OMS, dont les conclusions ont été publiées au début du mois par la revue “The Lancet”. Il en ressort que le port du masque réduit la probabilité d’être contaminé par le coronavirus de 85 % en cas de rencontre avec une personne infectée. »

Pierre Parneix, médecin spécialiste de l’hygiène hospitalière au CHU Bordeaux, abonde :

« On dispose de faisceaux d’arguments qui montrent que le masque protège, même s’il est difficile de connaître avec exactitude l’ampleur de la protection. En milieu de soins, plusieurs études montrent que les professionnels portant un masque se protègent des pathologies respiratoires des patients. »

Il rappelle que le Covid-19 est une maladie respiratoire qui se transmet à travers les gouttelettes sur le visage. Ainsi « les muqueuses de la bouche et du nez vont être protégées par les masques et l’individu va moins émettre de particules vers l’extérieur et limiter la contamination des autres ». Il est impératif, selon lui, de maintenir cette mesure de précaution qu’est le port du masque tant qu’il n’y aura pas de traitement et de l’accompagner systématiquement du respect de la distanciation sociale et de l’hygiène des mains.

  • « Rien ne justifie que ce masque soit obligatoire maintenant (et pas recommandé en mars-avril) »

DISCUTABLE

L’obligation du port du masque dans les lieux publics clos est intervenue en Belgique le 11 juillet, neuf jours avant la France. Cette mesure accompagne un durcissement des restrictions sanitaires prises par le gouvernement.

Les autorités belges n’avaient pas rendu son port obligatoire au printemps. Le docteur Parneix explique qu’il y a eu une « évolution de la position scientifique et politique » sur la généralisation du port du masque (par exemple, l’OMS ne le recommandait pas jusqu’au mois de juin). Mais cette fluctuation doctrinale n’est en rien « anormale » face à un virus inconnu encore il y a quelques mois :

« Ce qui a vraiment changé les choses, c’est lorsque l’on a découvert que les personnes qui avaient peu de symptômes transmettaient aussi la maladie, d’où l’obligation de généraliser le port du masque. On ne savait pas qui était malade et on ne pouvait pas tester tout le monde pour le savoir. »

L’évolution de l’épidémie en Belgique ces dernières semaines, notamment à Anvers, inquiète les autorités du royaume. Plusieurs indicateurs montrent une reprise de l’épidémie en Belgique et l’institut de santé publique belge Sciensano prédit une augmentation des chiffres dans les jours à venir. Le taux de reproduction du virus est passé au-dessus de 1 le 15 juillet. Il était estimé à 1,476 entre le 23 et le 29 juillet. L’obligation de porter le masque dans des lieux publics s’inscrit dans cette situation. L’OMS a, par ailleurs, confirmé, le 13 juillet, le risque d’une transmission aérienne du virus.


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