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l’épilogue d’un des derniers procès des crimes du nazisme

Bruno Dey, ancien gardien SS au camp de concentration du Stutthof, se cache le visage dans la salle d’audience du tribunal de Hambourg, le 23 juillet 2020.

Comme au premier jour de son procès, il y a neuf mois, c’est en fauteuil roulant, un chapeau sur la tête, des lunettes de soleil sur le nez et en cachant son visage derrière une chemise cartonnée que Bruno Dey est arrivé au palais de justice de Hambourg. Mais, jeudi 23 juillet, c’est à peine plus d’une heure qu’y a passé ce vieillard de 93 ans, juste le temps d’apprendre qu’il était condamné à deux ans de prison avec sursis pour complicité d’assassinat de 5 232 personnes, soit le nombre de prisonniers dont la mort a été établie de façon certaine pendant la période où il travailla comme gardien au camp de concentration du Stutthof, d’août 1944 à avril 1945, dans la Pologne occupée par les nazis.

Il y a dix ou vingt ans, Bruno Dey aurait échappé à la justice. Si son procès a eu lieu, c’est grâce à ce qu’on appelle la « jurisprudence Demjanjuk », du nom de cet ancien gardien du camp d’extermination de Sobibor (Pologne), qui, en 2011 à Munich, fut condamné à cinq ans de prison pour complicité d’assassinat de 28 060 juifs.

Cette affaire a marqué un tournant dans l’attitude de la justice allemande vis-à-vis des crimes du IIIe Reich. « Avant le procès Demjanjuk, les gens ne pouvaient être jugés que pour ce qu’ils avaient fait personnellement. Il fallait des témoins ou des documents les impliquant directement. Depuis, le simple fait qu’une personne ait appartenu à une organisation criminelle suffit pour pouvoir la poursuivre, même si on ne peut pas prouver précisément ce qu’elle a fait elle-même », explique au Monde l’avocat Serge Klarsfeld, président de l’Association des fils et filles de déportés juifs de France.

« Cet enfer de folie »

Bruno Dey en est l’illustration. Pendant son procès, plusieurs rescapés ont raconté l’enfer qu’ils ont vécu au Stutthof, ce camp situé au bord de la mer Baltique, près de la ville polonaise de Gdansk, où environ 65 000 personnes ont péri pendant la seconde guerre mondiale. Situé à une trentaine de kilomètres à l’est de Gdansk, le camp du Stutthof fut ouvert par les Allemands en septembre 1939, au moment de l’invasion de la Pologne. Quelque 100 000 personnes y furent internées, principalement des opposants politiques mais aussi des juifs polonais originaires de Varsovie et de Bialystok.

Bruno Dey sera-t-il le dernier condamné en Allemagne pour les crimes du IIIe Reich ? C’est possible

A partir de fin 1943 ou début 1944, le camp fut équipé d’une chambre à gaz, où plusieurs milliers de détenus – le chiffre précis n’est pas connu – ont été exterminés au Zyklon B. De son côté, l’accusé a martelé qu’il n’avait « jamais voulu faire de mal à personne ». Devant le tribunal, il a affirmé que c’est malgré lui qu’il fut incorporé, à l’âge de 17 ans, au bataillon SS chargé de garder le camp.

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