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Le robot de la NASA qui cherchera des traces de vie passée sur Mars a quitté la Terre

Lors du lancement de l’astromobile Perseverance, le 30 juillet 2020.

Jeudi 30 juillet, la NASA a lancé vers Mars son robot mobile Perseverance, conçu pour découvrir les traces des anciens microbes qui grouillaient peut-être sur la planète il y a trois milliards d’années. L’astromobile (ou rover) emporte aussi un mini-hélicoptère, qui tentera le premier vol d’un appareil sur une autre planète.

Le lancement par une fusée Atlas V de United Launch Alliance a eu lieu comme prévu à 13 h 50 de Cap Canaveral, en Floride, dans un ciel dégagé, pour un voyage de près de 7 mois. S’il arrive intact, le 18 février 2021, Perseverance sera seulement le cinquième véhicule à réussir le voyage depuis 1997. Tous sont américains.

La Chine a elle aussi lancé son premier rover martien la semaine dernière, qui devrait atterrir en mai 2021. Mars pourrait donc avoir trois rovers en activité l’an prochain, avec l’américain Curiosity, qui a parcouru 23 km sur la Planète rouge depuis 2012.

« Cela ne fait aucun doute, c’est un défi », a dit mercredi Jim Bridenstine, le chef de la NASA, à propos de cette mission. « C’est très risqué du point de vue des chances de réussite. Cela dit, nous savons comment nous poser sur Mars, nous l’avons déjà fait huit fois. »

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Chercher des traces de vie passée sur Mars

Lors du lancement de l’astromobile Perseverance, le 30 juillet 2020.

Le nouveau rover, construit au mythique Jet Propulsion Laboratory de la NASA à Pasadena, en Californie, est une version améliorée de Curiosity : ses six roues sont plus robustes, il est plus rapide, plus intelligent et peut s’autopiloter sur 200 mètres par jour. Grand comme un 4 × 4 (trois mètres de long), il pèse une tonne, dispose de 19 caméras et de deux micros, qui pourraient être les premiers à enregistrer du son martien. Son bras robotique mesure deux mètres. Un générateur au plutonium rechargera ses batteries.

Une fois à bon port, la NASA tentera de faire s’envoler l’hélicoptère Ingenuity, 1,8 kg, dans l’air très fin de Mars, dense comme 1 % de l’atmosphère terrestre. Le but est de prouver la faisabilité du concept.

La NASA est très intéressée par l’exploration planétaire par les airs, car les astromobiles ne peuvent parcourir que quelques dizaines de kilomètres dans leur vie, et sont vulnérables aux dunes de sables et autres reliefs, même si Perseverance pourra monter des obstacles hauts de 40 cm. Un premier drone volant (Dragonfly) sera envoyé en 2026 sur Titan, la plus grande lune de Saturne.

La mission principale de Perseverance sera de chercher des traces de vie passée sur Mars, car les scientifiques pensent avoir de bonnes preuves qu’il y a plus de trois milliards d’années, la planète était plus chaude et couverte de rivières et de lacs, des ingrédients qui ont fait naître, au moins sur Terre, des microbes… Avant que la Planète rouge ne devienne froide et sèche, pour une raison qui échappe encore aux planétologues.

Autre première : Perseverance prélèvera une trentaine d’échantillons de roches dans des tubes, qu’une future mission américano-européenne récupérera pour qu’ils soient rapportés sur Terre, au plus tôt en 2031. La preuve indiscutable de vie passée sur Mars ne sera très probablement pas confirmée, si elle existe, avant l’analyse de ces échantillons la décennie prochaine, a dit mardi Thomas Zurbuchen, chef scientifique de la NASA.

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Plus de 350 scientifiques

Lors du lancement de l’astromobile Perseverance, le 30 juillet 2020.

« Nous cherchons vraisemblablement une forme de vie très primitive, pas des formes avancées comme des ossements ou des fossiles de fougères », a expliqué Ken Farley, scientifique du projet à l’université Caltech.

La NASA a choisi d’atterrir dans le cratère de Jezero, vieux de 3,8 milliards d’années, et plus précisément dans ce qui ressemble fortement à un ancien delta. Les deltas se forment quand des rivières déposent des sédiments dans un plan d’eau. « Les deltas sont des endroits formidables pour préserver des matières organiques et autres types de biosignatures », dit Tanja Bosak, du MIT et membre de l’équipe scientifique.

L’avantage de Mars, contrairement à la Terre, est que la croûte n’est pas constamment renouvelée par la tectonique des plaques. Sur Terre, il est extrêmement difficile de retrouver des terrains intacts depuis trois milliards d’années. « Mars préserve à sa surface une géologie incroyablement complexe et diversifiée », a souligné Lori Glaze, chef des programmes d’explorations planétaires de la NASA. Toute l’histoire de Mars reste ainsi gravée en surface.

Plus de 350 géologues, géochimistes, astrobiologistes, spécialistes de l’atmosphère et autres scientifiques du monde entier participent à la mission, qui durera au moins deux ans, et sans doute beaucoup plus longtemps si l’on en croit l’expérience des précédents rovers, très endurants.

« Mars 2020 » : Moxie, une petite fabrique à oxygène

La mission américaine ne va pas seulement préparer le retour d’échantillons martiens. Avec l’instrument Moxie, elle vise encore plus loin : l’arrivée d’humains sur la Planète rouge. Développé par le Massachusetts Institute of Technology (MIT) et l’Institut Niels Bohr de l’université de Copenhague, ce démonstrateur de 17 kg embarqué à bord de Mars 2020 a pour objectif de fabriquer de l’oxygène à partir du dioxyde de carbone qui compose la quasi-totalité de l’atmosphère martienne. La réaction chimique est simple – deux molécules de CO2 sont brisées et donnent au bout du compte deux molécules de monoxyde de carbone (CO) et une de dioxygène (O2) –, mais elle consomme beaucoup d’énergie. Moxie profitera de la pile nucléaire qui alimente le rover, lorsque celui-ci sera inactif. Il fournira environ 10 grammes d’oxygène par heure. Dans une future base martienne, il faudrait un système cent fois plus gros pour faire respirer les humains et fabriquer l’oxygène liquide alimentant les fusées de retour.

Le Monde avec AFP


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