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le retour du vieux monde

Jean Castex et ses ministres, lors de la séance de questions au gouvernement, à l'Assemblée nationale, le 8 juillet.

Editorial du « Monde ». Les comparaisons sont souvent édifiantes. Le gouvernement, qui s’est réuni mercredi 29 juillet à l’Elysée pour le dernier conseil des ministres avant la trêve estivale, est aux antipodes de celui qu’Edouard Philippe avait constitué le 15 mai 2017 pour rompre avec les vieilles pratiques politiques. On compte, certes, dans le gouvernement Castex plusieurs sortants de poids comme Bruno Le Maire, Jean-Michel Blanquer ou Jean-Yves le Drian. Mais l’esprit qui avait présidé à la constitution du premier gouvernement du quinquennat n’est plus de mise.

Au lieu d’une équipe resserrée de 18 ministres et 4 secrétaires d’Etat, la nouvelle est pléthorique. Elle compte 42 membres, nombre qui n’avait pas été atteint depuis le premier gouvernement Juppé en 1995. Les techniciens, qui prédominaient il y a trois ans, sont désormais supplantés par des politiques aguerris, installés aux postes-clés pour faire… de la politique.

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Ainsi en est-il de Gérald Darmanin, passé du ministère du budget à celui de l’intérieur pour renforcer le message sécuritaire d’Emmanuel Macron, malgré une accusation de viol qui lui vaut d’être la cible de nombreuses féministes. Pour le défendre, ses collègues préfèrent désormais invoquer la présomption d’innocence plutôt que la moralisation de la vie publique, qui était pourtant le thème dominant de l’après-présidentielle, au point d’avoir inspiré la première loi du quinquennat Macron.

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Les cabinets ministériels reprennent du ventre

Autre changement visible, les cabinets ministériels, dont la taille avait été réduite en 2017, reprennent du ventre : les ministres peuvent désormais nommer 15 conseillers, contre 10 précédemment, les secrétaires d’Etat 8 au lieu de 5. Au départ sans affectation précise, ces derniers ont désormais des missions bien assignées comme le développement de l’« économie sociale et solidaire », à charge pour eux de multiplier les déplacements et d’entretenir le dialogue avec les élus, les associations et les partenaires sociaux dans leurs domaines respectifs.

Trois ans après le pari de la disruption, la vieille politique reprend ses droits au gouvernement comme d’ailleurs au Parlement, où il n’est plus question de réduire d’un tiers le nombre des élus comme s’y était engagé Emmanuel Macron. Dans son discours devant le Congrès, le 3 juillet 2017, le président de la République avait même promis de consulter les Français par référendum si, comme il était prévisible, le vieux monde lui résistait. Il n’en est plus question.

Cette volte-face dans l’exercice du pouvoir est le signe le plus tangible du changement insufflé par Emmanuel Macron et Jean Castex pour la fin du quinquennat. Elle signe l’aveu d’échec du président de la République, qui avait cru pouvoir s’affranchir des règles de la politique. Elles ont fini par le rattraper. Le pari d’un gouvernement de techniciens agissant vite au nom du savoir qu’il était censé représenter s’est brisé sur la réalité sociale. La fracture peuple/élite est devenue telle qu’il faut désormais user de toutes les ficelles, y compris les plus anciennes, pour retisser un lien.

Le contexte s’y prête, car l’ampleur de la crise économique et les risques de reprise de l’épidémie obligent l’exécutif à faire de la protection des Français la grande priorité des derniers mois du quinquennat. Reste cependant le plus dur : faire en sorte que l’affichage s’accompagne de résultats, autrement dit que l’action publique soit jugée rapide, efficace et bienveillante. Faute de quoi, tous les changements entrepris seront mis sur le compte de visées purement électoralistes en prévision de 2022.

Le Monde


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