Cameroun

Le pouvoir par le sang: Maurice Kamto, Alassane Ouattara deux hommes, deux destins

Il appelle les Camerounais à l'unité

Il s’était opposé aux méthodes fortes proposées par son directeur de campagne Eric Kingué au lendemain de la proclamation des résultats de la présidentielle de 2018. Il avait également coupé le pont avec Kah Walla qui ne jurait (et continue de jurer) que par la rue pour chasser Paul Biya et son régime. Après deux années émaillées d’arrestations, de violence et de musèlement, Maurice Kamto s’est finalement convaincu que les lois et les urnes ne pourront faire fléchir un régime vieux de près d’un demi-siècle. Le 22 septembre se présente comme une date fatidique où une page de l’histoire du Cameroun sera tournée. Maurice Kamto appelle les Camerounais à chasser Paul Biya par la rue. L’histoire du président du MRC ressemble à celui de l’actuel président ivoirien Alassane Ouattara à quelques exceptions près.


Deux hommes qui ont le sens du devoir

En 1990, pour sauver l’économie ivoirienne en crise, le président ivoirien d’alors Houphouët-Boigny a fait appel au jeune économiste qui travaillait au Fonds monétaire international (FMI). Sans hésiter, Alassane Ouattara rentre en Côte d’Ivoire. Il occupe le poste de premier ministre et assainit l’économie du pays en moins de trois ans. Il fut l’un des partisans de la rigueur budgétaire.

Comme Alassane Ouattara, Maurice Kamto, a été sollicité en 1999 par le président de la République Paul Biya pour rejoindre l’équipe des juristes qui défendait la souveraineté du Cameroun sur la presqu’ile de Bakassi à la cour internationale de justice. L’imminent avocat et enseignant de droit s’est distingué dans cette commission et a suivi le dossier jusqu’à la signature de l’accord de Greentree par le Nigéria et le Cameroun le 12 juin 2006.Maurice Kamto fut ministre délégué à la justice jusqu’en 2004 où il démissionne.


Victimes d’élections contestées

L’Afrique a encore en mémoire les images atroces des crises post-électorales de 2010 en Côte d’Ivoire. Candidat à la présidentielle de cette année, Alassane Ouattara (qui a obtenu le droit de vote après multiples négociations), a été déclaré vainqueur avec 54,1 % des voix. Ce résultat sera invalidé par le conseil constitutionnel ivoirien. Ce fut le début de la crise post-électorale qui a fait plus de 1000 morts selon l’Onuci.
Au Cameroun Maurice Kamto n’a pas été déclaré vainqueur par Elecam (l’institution en charge de l’organisation des élections) mais ce dernier estime avoir remporté le scrutin face à Paul Biya. L’élection présidentielle de 2018 a été viciée selon l’opposition cependant cela n’a pas empêché le conseil constitutionnel de déclarer Paul Biya vainqueur avec 71%. Maurice Kamto fut classé 2ème avec 14% de voix. Si en Côte d’Ivoire, la France et plusieurs puissances occidentales ont soutenu Alassane Ouattara à accéder au pouvoir par une lutte armée, au Cameroun, les marches de contestation pacifiques du MRC furent violemment réprimées. Maurice Kamto et plusieurs cadres de son parti furent arrêtés et placés en détention à la prison centrale de Kondengui. Libéré le 05 octobre 2019, Maurice Kamto s’est rendu compte que le régime de Yaoundé ne tremblera point avec les élections. Il boycotte les législatives et municipales de février 2020 et multiplie les tournées en Europe et aux USA. Tout comme Alassane Ouattara, Maurice Kamto ne veut pas se faire voler sa victoire de 2018. Deux ans après, il continue par revendiquer sa victoire. Selon plusieurs analystes l’appel à la révolution du président du MRC cache mal ses réelles intentions. Au-delàs de la guerre meurtrière en cours dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest du Cameroun et la réforme consensuelle du Code électoral, Maurice Kamto réclame son fauteuil présidentiel. Pour l’heure il ne s’est pas prononcé sur l’après Biya réconfortant ses détracteurs qui estiment qu’il n’organiserait pas de nouvelles élections après le départ de Biya mais tentera de démarrer son « premier mandat ».


Le pouvoir par le sang

Pour accéder au pouvoir en Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara n’a pas fait économie de violence. Des groupes armés dirigés par le chef rebelle Guillaume Soro ont affronté l’armée républicaine. Plus de 1000 personnes ont perdu la vie durant cette crise. Des centaines de milliers d’Ivoiriens se sont réfugiés dans les pays voisins. Au Cameroun même si Maurice Kamto prône des manifestations pacifiques, le gouvernement n’exclut pas le recourt à la force. Le ministre de l’administration territoriale Aranga Nji l’a clairement signifié aux prétendants à la marche du 22 septembre. Le gouvernement agira avec fermeté à en croire celui-ci. Plusieurs Camerounais perdront la vie au cours de ces affrontements entre l’armée et les manifestants. Comme Alassane Ouattara, Maurice Kamto pourrait finalement accéder à Etoudi en marchant dans le sang de ses compatriotes. Contrairement à Alassane Ouattara qui a été acteur de la violence avec ses groupes armés, Maurice Kamto sera une victime car ses militants et sympathisants qui le suivront dans cette aventure seront sans armes et sans défense face à l’armée camerounaise célèbre pour ses exactions sur les civils ; le cas de Ngarbu, les femmes et enfants tués dans l’extrême Nord sont toujours dans les esprits.

Source : Camerounweb.com

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