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« Le label bio ne garantit pas la qualité du produit, mais le respect du cahier des charges »

Etal de produits bio sur un marché couvert d’Albi (Tarn).

Cadre dans l’agroalimentaire, ancien négociant en produits pour l’import-export, Christophe Brusset se présente comme un « repenti » et alerte sur certaines pratiques du secteur. Son livre Vous êtes fous d’avaler ça ! (Flammarion, 2015) dénonçait déjà les techniques méconnues de certains grands groupes pour tromper le consommateur. Son dernier ouvrage, Les Imposteurs du bio (Flammarion, octobre 2020) décortique les mécanismes par lesquels le label bio est parfois détourné de son intention d’origine.

Beaucoup de consommateurs ont une image d’Epinal des produits bio – la ferme avec ses vaches, ses poules et ses plants maraîchers –, loin de la réalité. Aujourd’hui, le bio c’est aussi un marché, produit à grande échelle, avec de l’import-export…

Le cahier des charges du bio ne limite pas la taille des exploitations, on peut donc avoir du bio à très grande échelle, industriel. On peut aussi produire du bio en dégradant l’environnement. A Almeria, au sud de l’Espagne, on cultive sous serre, avec une production plastique impressionnante, et dans une région désertique, où l’eau est pompée très profondément dans les nappes phréatiques.

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Le bilan carbone n’est par ailleurs pas du tout pris en compte : les 92 pages du cahier des charges de l’agriculture biologique n’interdisent pas les serres chauffées ou le transport par avion, ce qui est un comble pour un produit censé être écologique. Il n’y a pas non plus de normes sociales. On entend souvent que les normes sont draconiennes, mais c’est un cahier des charges extrêmement limité, qui interdit quelques techniques comme les engrais de synthèse, les OGM et les pesticides de synthèse, mais ne va pas plus loin que cela.

Comment définir un produit bio aujourd’hui ?

Les produits bio concernent uniquement les productions agricoles, brutes ou transformées. Une voiture ou un téléviseur ne peuvent pas être bio par exemple ! Un produit bio, ce n’est pas un produit « naturel », ni un produit « à l’ancienne », c’est un cahier des charges, qui lui-même n’est pas gravé dans le marbre et peut évoluer. Un produit est bio s’il répond à la norme actuelle. Suivant ce qu’on met dans la norme, on peut changer la définition du bio. En Europe, cette norme est un compromis discuté entre Etats européens : ainsi, les OGM sont interdits, tout comme les rayonnements ionisants ; la plupart des molécules chimiques de synthèse sont proscrites, mais on en a conservé quelques-unes comme les nitrites dans les charcuteries ou les sulfates de cuivre.

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