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le casse du siècle des joueurs d’Otto Rehhagel et les larmes du jeune Cristiano Ronaldo

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Publié aujourd’hui à 06h00, mis à jour à 08h48

Hold-up, braquage ou casse du siècle. Ces termes font davantage penser à Ronnie Biggs, l’auteur de l’attaque du train postal Glasgow-Londres en 1963, ou à Albert Spaggiari, cambrioleur de la Société générale de Nice en 1976, qu’à la manière dont la Grèce a conquis le championnat d’Europe de football en 2004. Mais, à la différence du casse de la banque niçoise, l’identité du cerveau ne fait aucun doute ce 4 juillet, à Lisbonne, au stade de la Luz. A 65 ans, Otto Rehhagel n’a pas pris le temps, en trois ans, d’apprendre le grec pour détailler son plan. Le sélectionneur communique en allemand et laisse les rares germanophones de son groupe assurer la traduction pour les autres.

Angelos Charisteas (deuxième en partant de la droite) après le but qui offre à la Grèce la victoire de l’Euro, le 4 juillet 2005 à Lisbonne.

Après tout, son football ne s’embarrasse pas de grandes théories. Tant pis pour les clichés, Rehhagel aime la sueur et la discipline. Même au pays de la démocratie, il applique le régime de l’homme fort. Lui, de préférence. « Je ne suis à l’aise que si j’ai le contrôle absolu de la situation », assume l’ancien entraîneur du Werder Brême.

Goûter une fois à la victoire

Ses joueurs ne s’en plaignent pas et trouvent une identité dans ce jeu de sacrifices, de malice et d’intelligence collective. Avec ce programme d’austérité, la sélection hellène a explosé son plafond de verre, celui d’une sélection de second rang incapable de gagner un match dans une phase finale d’un tournoi international en deux participations (lors de l’Euro 1980 et de la désastreuse Coupe du monde 1994).

Guidés par la modeste ambition de goûter une fois à la victoire, les Grecs battent un Portugal (2-1) pétrifié par l’enjeu pour l’ouverture de son Euro, puis éliminent deux des favoris, la France et la République tchèque, pour s’ouvrir les portes de la finale à grands coups de 1-0.

Le plan est basique, mais efficace. La Grèce défend bas, très bas, laisse le ballon à l’adversaire, Rehhagel ressort le marquage individuel du musée et dépoussière le libéro face aux Français et aux Tchèques avec l’immense Traïanos Dellas (1,96 m). « Le foot s’apprend toujours, mais faire 1,90 m, ça ne s’apprend pas », justifie l’Allemand à propos de son goût pour les défenseurs taillés comme des volleyeurs.

Et puis, la taille, ça compte, surtout quand la stratégie offensive marche aux coups de pied arrêtés. En demi-finale, Dellas marque de la tête en prolongations pour envoyer les Tchèques au panthéon des artistes jamais sacrés.

La tête de Charisteas et les larmes de Ronaldo

Difficile d’imaginer mieux prévenus que les Portugais. Pour contrer un Pauleta fantômatique en attaque, Rehhagel aligne une défense à quatre comme lors du premier tour. Pour le reste, rien ne bouge malgré l’absence du capitaine Theodoros Zagorakis, suspendu. Ses partenaires transforment une nouvelle fois la pelouse en un grand échiquier. Ils misent sur ce mélange de fébrilité et de complexe de supériorité chez un adversaire persuadé dans le fond – comme les Français et les Tchèques avant – d’être plus beau, talentueux et légitime.

A l’heure de jeu, le piège se referme, implacable. Déjà buteur, de la tête, contre la France, Angelos Charisteas devance le gardien Ricardo (subtilement gêné par Zisis Vryzas) sur un corner tiré par Angélos Basinas, son futur coéquipier lors de leur triste passage à Arles-Avignon en 2010.

Le Portugal est groggy, attaque avec la maladresse du condamné, mais les tentatives de Luis Figo et Maniche terminent, aimantées, dans les gants d’Antonios Nikopolidis. « C’est un miracle, peut-être le plus grand miracle sportif du XXIe siècle, ose même le lointain sosie grec de George Clooney interrogé par So Foot. Ce que l’on a fait, personne n’y croyait, même pas nous. »

Ce 4 juillet, Cristiano Ronaldo, 19 ans, pleure pour tout un pays au moment où Zagorakis soulève la coupe Henri-Delaunay. Le capitaine grec récupère au passage le trophée de meilleur joueur du tournoi. Comme un symbole, le milieu de terrain est l’auteur du plus grand nombre de tacles pendant cet Euro.

Les critiques sur leur jeu ou l’avis des esthètes, les vainqueurs ne les entendent pas. L’été 2004 s’annonce magnifique, encore un ou deux coups de peinture et Athènes accueillera les Jeux olympiques pour la première fois depuis 108 ans. La crise peut toujours attendre.

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