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L’assassinat d’un expert du djihadisme à Bagdad ravive le spectre des meurtres politiques

Sur les lieux de l’assassinat d’Hicham Al-Hachémi à Bagdad, le 7 juillet.

Dans son dernier Tweet, Hicham Al-Hachémi dénonçait, une fois encore, inlassablement, la responsabilité des partis confessionnels et religieux dans les divisions de la société irakienne.

Une heure plus tard, lundi 6 juillet au soir, un flot de messages émus et consternés a submergé le réseau social à l’annonce de sa mort. L’expert du djihadisme, et père de famille de 47 ans, a été abattu par balles par des hommes armés devant son domicile à Bagdad. L’attaque n’a pas été revendiquée, mais beaucoup y voient la main des milices chiites pro-iraniennes, qui l’avaient menacé pour ses prises de position. Tous redoutent une vague d’assassinats politiques destinée à faire taire leurs détracteurs.

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Le premier ministre, Mustafa Al-Kadhimi, a dit « promettre aux auteurs de les retrouver ». « Nous ne permettrons pas le retour des assassinats sur la scène irakienne (…) et nous allons déployer tous les efforts possibles pour placer les armes sous l’autorité de l’Etat, pour qu’aucune force ne s’érige contre l’Etat de droit », a-t-il assuré dans un communiqué.

Membre du groupe d’experts Iraq Advisory Council, Hicham Al-Hachémi évoluait dans le cercle proche du nouveau chef du gouvernement − aussi chef des renseignements depuis 2016 −, ainsi que du président Barham Saleh. Ce dernier a dénoncé un « crime abject qui cible tout Irakien et son droit à une vie libre et digne ». De nombreuses chancelleries, des Nations unies à l’Union européenne et à l’Iran, ont aussi adressé leurs condoléances.

Menacé de mort

Natif de Bagdad et fin connaisseur des groupes djihadistes − d’Al-Qaida à l’organisation Etat islamique (EI) −, Hicham Al-Hachémi s’est imposé comme un spécialiste incontournable de cette mouvance pendant la guerre contre l’EI (2014-2017). Il était consulté par tous les médias internationaux pour son expertise, qu’il partageait avec générosité et simplicité.

Chercheur passionné et bourreau de travail, il écrivait pour de nombreux centres de recherche comme le Chatham House à Londres et le Center for Global Policy à Washington, et il intervenait dans des médiations de réconciliation entre communautés déchirées par la guerre en Irak. A la fin de la bataille contre l’EI, il avait étendu son champ d’analyse à la politique irakienne et aux activités des factions armées chiites pro-Iran, dont il dénonçait la mainmise sur l’Etat.

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Ces critiques lui avaient valu, en septembre 2019, d’être menacé de mort, avec treize autres personnalités irakiennes, par des groupes en ligne pro-Iran, les accusant d’être des « collaborateurs », des « traîtres à la patrie », « pro-Israël » et « pro-Américains ».

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