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La Mairie de Paris réforme en profondeur son budget participatif

Il fait un peu peur, ce square en bas du métro La Chapelle, dans le 18e arrondissement. Des plates-bandes étoilées de canettes vides. Des barrières déjà détruites. Surtout, il n’est fréquenté que par des hommes. Des sans-abri, des vendeurs à la sauvette qui font une pause avant d’écouler leurs cigarettes de contrebande juste à côté. Pas une femme ni un enfant, ce mercredi après-midi. En 2016, le projet proposé par plusieurs habitants de transformer le square en « oasis urbaine » avait été voté dans le cadre du budget participatif de Paris, et 1,5 million d’euros avaient été débloqués. Un an et demi après l’inauguration, le but – reprendre possession d’un lieu que les trafiquants se sont approprié – n’est pas atteint. « Le square a été réaménagé, mais comme la police passe rarement, rien n’a changé », constate le marchand de tabac voisin.

Projets inutiles, décevants, coûteux, mal gérés, adoptés de façon contestable… Depuis des années, les ratés du budget participatif lancé par Anne Hidalgo en 2014 alimentent de nombreuses critiques. « Le budget participatif est une belle idée mais, à Paris, il souffre de deux problèmes : ce n’est pas un budget et il n’est pas participatif », cinglaient les élus macronistes en 2020, soulignant des montants affichés « jamais expliqués », guère contrôlés, et des procédures d’adoption pas toujours démocratiques. Il suffisait d’une adresse e-mail pour voter. Les habitants à l’origine d’un projet pouvaient gonfler les résultats en multipliant les identités numériques.

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La Mairie a entendu les critiques. Pas question pour la socialiste Anne Hidalgo d’abandonner ce marqueur politique. Mais le système va être profondément corrigé, pour mieux l’encadrer. Après une année 2020 sans budget participatif à cause des élections, une réforme est soumise au Conseil de Paris qui se tient à partir du 4 février.

Le processus de vote revu

Premier changement, les Parisiens ne pourront plus proposer n’importe quel projet. Il devra respecter une thématique choisie chaque année par la Mairie. Celle de 2021 (« Imaginer le Paris de demain ») reste très floue, mais le cadre pourrait devenir plus contraignant ensuite. En outre, le réaménagement de l’espace public est désormais clairement exclu du champ du budget participatif. Pour transformer une place, créer une piste cyclable, etc., les habitants devront se tourner vers d’autres dispositifs. « Dès qu’un projet nécessite un marteau-piqueur, c’est non », résume Anouch Toranian, l’adjointe chargée du dossier. Pas de problème, en revanche, pour installer une armoire à livres dans un square, ou rénover un gymnase, tant que le coût unitaire ne dépasse pas 2 millions d’euros.

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