Cameroun

La mafia bloque le retour de Yves Michel Fotso et Inoni Ephraim au bercail

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Les prisonniers de l’opération épervier en séjour depuis de nombreuses années dans plusieurs maisons d’arrêt éparpillées sur le territoire, connaissent pour la plupart, de sérieux soucis en matière de santé.

Généralement touchés par des maladies nécessitant l’existence d’un plateau technique relevé en qualité, ces victimes de la lutte contre la corruption au Cameroun n’ont de cesse de caresser l’espoir d’une évacuation sanitaire pour refaire leur santé. Seulement, au vue du nombre de cas croissants, dire que ce sésame déjà onéreux pour l’Etat, plus qu’un mystère, s’apparente à une évacuation choisie ou évasion masquée, ne nécessite qu’un pas qui demande à être franchi.

Au Cameroun, l’opération épervier traque les indélicats de la nation dans le domaine de la gouvernance. Depuis sa mise en route, nombreux sont les responsables et autres cadres de l’administration centrale qui croupissent dans les geôles camerounaises. La quasitotalité a cependant d’énormes soucis avec leur santé. Les cas d’internement dans les institutions sanitaires publiques et même privées ne se comptent pas. Egalement aussi, leurs problèmes de santé bien que loin de ressembler, ont généralement en commun l’exigence d’une expertise relevée.

Celle-ci touche aussi bien la ressource humaine que les équipements techniques. Et au pays de Manaouda Malachie, on ne peut pas jurer sur la possession de ces deux aspects déterminants de la santé de ces ex-personnalités de la République au même moment. C’est généralement l’un ou l’autre. Ainsi en situation de privation de soins médicaux appropriés, il n’est pas exagérer de dire que ces prisonniers dits VIP ne trouvent leur salut que derrière une évacuation sanitaire outre-mer. Toutefois, l’obtention de cette autorisation serait, selon les dires, non seulement tributaire de la discrétion présidentielle, mais aussi de la position du demandeur dans les bonnes grâces du président Paul Biya.

Intérêt dans l’acte

C’est dans ce sens que l’ex-ministre des Finances Essimi Menye, en garde à vue depuis plusieurs semaines dans un hôpital de la place de Yaoundé, avait été autorisé par le président de la République le 1er décembre 2015, à bénéficier d’une évacuation sanitaire. De même, malade depuis des mois, l’ex-patron de la compagnie aérienne Camair Yves Michel Fotso avait quitté le Cameroun et surtout sa cellule du secrétariat d’État à la Défense où il purgeait une double peine d’emprisonnement à vie, le 18 Août 2019 pour le Maroc, afin de se faire soigner.

Régulièrement annoncé dans un état critique, Inoni Ephraïm va également bénéficié de l’extrême mansuétude du chef de l’Etat Paul Biya, près de deux mois seulement après la sortie du pays d’Yves Michel Fotso. A la surprise de tous, le chef de l’Etat Paul Biya a décidé de l’évacuation sanitaire d’Inoni Ephraïm, un ancien premier ministre de son régime, le 22 octobre 2019. La décision qui lève l’interdiction de sortie du territoire national de ces anciens ministres de la République, bien que motivée par leur état de santé dégradé, a fait d’eux des prisonniers privilégiés.

Faudrait-il donc être oint ou élu parmi les prisonniers de luxe pour bénéficier d’une évacuation sanitaire ? Si ces bons de sortie sanitaires qui s’apparentent à une sorte de grâce présidentielle répondent aux demandes des avocats et des organisations des droits de l’Homme d’un côté, elles entretiennent de l’autre un cafouillage indicible sur les critères qui font de tel prisonnier bénéficiaire, et, de tel autre refusé. Plusieurs prisonniers de l’opération épervier sollicitent depuis des années cette faveur du président de la République. Mais ils ne reçoivent en retour
qu’une fin de non-recevoir. On peut citer les cas de Marafa Hamidou Yaya, ancien Sg/pr, est coutumier des séjours fréquents dans les grands hôpitaux, notamment pour des ennuis oculaires. Polycarpe Abah Abah, ancien ministre des Finances, dont les séjours à l’hôpital de la Caisse nationale de prévoyance sociale ne se comptent plus. Urbain Olanguena Awono, ancien ministre de la Santé publique, caresse toujours l’espoir de sauver au moins un de ses yeux, la situation étant déjà irréversible pour l’autre organe.

Amadou Vamoulké, ancien directeur général de la Cameroon Radio Television, lui, évoque «une affection sévère nécessitant une prise en charge à l’étranger au regard des limites du plateau technique local». Plus récemment encore, Bernadette MebeNgo’o, dont les demandes d’évacuation sanitaire sont restées lettre morte auprès des autorités camerounaises. C’est à se demander sur quelle justice s’appuie-t-on puisque tout le monde ne bénéficie pas de cette magnanimité présidentielle. Pourtant la mauvaise pratique semble avoir son lit. On se rappelle qu’il y a quelques années, le colonel Edouard Etonde Ekotto était sorti de prison de New Bell sur une chaise roulante non sans avoir crié, prié et supplié.

Quoi qu’il en soit, dans le sérail, l’on croit savoir que les évacuations sanitaires sont la nouvelle porte de sortie des prisonniers de luxe du Cameroun ou la nouvelle trouvaille de ces derniers pour s’échapper des mailles de la justice. Déjà, ce n’est plus un secret pour personne qu’à Douala et Yaoundé, les prisonniers VIP louent des maisons, villas et autres, où ils passent des week-end enjolivés pour regagner leur cellule nuitamment après. La soi-disant discrimination qu’on veut faire ingérer à la population ne serait donc qu’un ravalement de façade. Et pourtant, il est vrai Plusieurs autres prisonniers parmi les anciens hauts responsables publics comme Gilles Roger Belinga, ancien Dg/Sic, Iya Mohammed ancien Dg/Sodécoton et Zacchaeus Nforjidam, ancien Dg du Chantier naval, sont dans la même situation de détresse, bien amoindris par
la maladie.

JUSTICE à DOUBLE VITESSE

Le cas de Jean Baptiste Nguini Effa, ancien Directeur général de la Scdp, qui déjà a presque perdu la vue, reste un cas qui fera certainement jurisprudence au Cameroun. Innocenté dans toutes ses trois affaires, il est quand même retenu dans les geôles par le Tribunal criminel spécial. Toutefois, il reste que pour le compte de cette année 2019, Paul Biya a permis à deux prisonniers de l’Opération Epervier Yves Michel Fotso et Ephraïm Inoni de sortir de prison. Et la question qui taraude les esprits est de savoir si dans ces conditions, après avoir été envoyés en prison pour des affaires de détournement de deniers publics, Essimi Menye, Yves Michel Fotso et Inoni Ephraïm reviendront-ils au pays ? Difficile à dire.
Toutefois, le cas Yves Michel Fotso retient toute l’attention.

Avec le décès de son père, et en tant qu’évacué sanitaire, que fera maintenant que les autres membres de la famille ont pris possession de certaines richesses ? Dans le sérail et autres salons feutrés de la capitale politique du Cameroun où ces discussions vont bon train, on soutient que ces derniers ne reviendront au Cameroun qu’après le changement de régime. Mais pour ces détenus, l’on savoir qu’il y a cependant lieu de remercier Dieu de rester en vie. De nombreux autres, à l’instar de Fréderic Ekande, Jérôme Mendouga ou encore Henri Engoulou et bien d’autres encore, sont passés de vie à trépas alors qu’ils étaient encore embastillés.

Source : Camerounweb.com

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