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La Cour suprême du Pakistan ordonne l’acquittement et la libération de l’accusé du meurtre de Daniel Pearl

Daniel Pearl, 38 ans, correspondant du quotidien américain « The Wall Street Journal », avait disparu le 23 janvier 2002 à Karachi, où il s’apprêtait à rencontrer un chef islamiste.

La famille de Daniel Pearl parle d’une « parodie de justice », Washington se dit « outré ». La Cour suprême du Pakistan a acquitté Ahmed Omar Saeed Sheikh, l’extrémiste pakistano-britannique soupçonné d’avoir enlevé et tué en 2002 le journaliste américain Daniel Pearl. La haute instance a ainsi ordonné la libération immédiate de M. Sheikh ainsi que celle de trois de ses complices présumés.

La Cour a considéré qu’Ahmed Omar Saeed Sheikh, âgé de 47 ans, n’avait commis « aucun délit dans cette affaire » et qu’il devait « être immédiatement libéré », a déclaré à l’AFP Mahmood Sheikh, l’un des avocats de l’accusé.

En avril, la haute cour de la province du Sind avait annulé la condamnation à mort du prévenu – laquelle avait été prononcée en 2002 pour meurtre – et commué sa peine en sept années de prison, pour enlèvement – durée couverte par ses dix-huit ans passés en détention. Mais la province du Sind (dont Karachi est la capitale), les parents de Daniel Pearl et l’accusé lui-même avaient interjeté appel devant la Cour suprême.

Deux des trois juges de la Cour suprême ont ainsi rejeté les deux premiers appels, mais ont accepté celui de l’accusé contre sa condamnation pour enlèvement, « au bénéfice du doute », l’acquittant ainsi de l’ensemble des charges.

La Cour a également confirmé l’acquittement, décidé par le même tribunal du Sind, de trois des complices présumés de M. Sheikh. Salman Saqib, Fahd Naseem et Sheikh Adel avaient été condamnés en juillet 2002 à la perpétuité pour avoir notamment envoyé des courriers électroniques revendiquant le rapt du journaliste.

Appel aux autorités américaines

Jeudi, le gouvernement de la province du Sind a annoncé qu’il déposerait une demande de révision du verdict de la Cour suprême du Pakistan. La famille de Daniel Pearl estime que cette décision « met en danger les journalistes partout » dans le monde, et demande aux autorités américaines d’intervenir.

Les Etats-Unis ont affirmé être « outrés » par cet acquittement. « Nous appelons le gouvernement pakistanais à examiner rapidement ses options légales, y compris celle visant à permettre aux Etats-Unis de poursuivre Sheikh pour le meurtre brutal d’un journaliste et citoyen américain », a déclaré la porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki, lors d’une conférence de presse. Reporters sans Frontières a estimé que le jugement « restera[it] le symbole de l’absolue impunité concernant les crimes violents contre les journalistes dans ce pays ». En décembre, Jeffrey Rosen, ministre américain de la justice (par intérim), avait déclaré que les États-Unis étaient prêts à ce qu’Omar Sheikh puisse « être jugé » sur leur sol.

Daniel Pearl, 38 ans, correspondant du quotidien américain The Wall Street Journal, avait disparu le 23 janvier 2002 à Karachi, où il s’apprêtait à rencontrer un chef islamiste. Il enquêtait, quelques mois après les attentats du 11 septembre 2001, sur les réseaux islamistes, alors très implantés dans cette ville et susceptibles d’avoir des liens avec Al-Qaida, le réseau d’Oussama ben Laden. A l’issue d’un mois d’incertitude quant à son sort, sa mort avait été confirmée par l’envoi au consulat américain de Karachi d’une cassette vidéo le montrant égorgé, puis décapité.

Dans une déposition, le Pakistanais Khaled Cheikh Mohammed (KCM), « cerveau » présumé du 11-Septembre, avait revendiqué la décapitation du journaliste.

Une enquête indépendante menée pendant trois ans par Asra Nomani (ancienne collègue et amie de Daniel Pearl) dans le cadre du « Pearl Project » avait démontré, en 2011, qu’Omar Sheikh n’avait pas tué lui-même le journaliste, mais l’avait accusé d’avoir ordonné son exécution. « En 2002, Daniel Pearl, un noble journaliste, a été brutalement massacré au Pakistan. (…) Aujourd’hui, dix-neuf ans après, en 2021, la justice est assassinée », a réagi Mme Nomani, qui demande à Washington d’intervenir pour obtenir l’extradition de M. Sheikh.

Le Monde avec AFP


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