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Karim Benzema, sacré à Madrid, perdu pour la France

Karim Benzema, le 16 juillet, lors de la victoire du Real Madrid contre Villareal, au terme de laquelle le club madrilène a conquis le titre de champion d’Espagne.

Tout serait plus simple si on pouvait ne parler de Karim Benzema qu’en tant que footballeur, et en tant que footballeur de ses deux seuls clubs – l’Olympique lyonnais qui l’a formé, le Real Madrid qui l’a consacré et dont il a été l’homme-clé du titre national 2019-2020 au terme de sa onzième saison.

Le portrait serait aussi limpide que la technique de cet attaquant élégant et intelligent, seul membre de la fameuse « génération 1987 » qui aura justifié les espoirs suscités, et dont la longévité au plus haut niveau, au sein d’une grande équipe, lui vaut une reconnaissance définitive et un palmarès exceptionnel.

L’art de durer

Il en faut, de l’intelligence relationnelle, pour à la fois se fondre dans cet effectif et durer dans ce vestiaire comportant de plus grandes vedettes que lui – à la différence d’un Thierry Henry à Arsenal – et en devenir, même tardivement, une icône.

Lancé à Madrid à vingt et un ans, critiqué pour son hygiène de vie, tancé par José Mourinho, Benzema s’est discipliné, a affiné son jeu : buteur plus régulier qu’exceptionnel (un but tous les deux matchs en moyenne avec le Real), il a mis la large gamme de ses qualités – et ses régulières touches de génie – au service de la Maison blanche.

Sa régularité dans la durée a fait oublier les critiques subies à ses moments plus creux, et ses deux années exceptionnelles après le départ de Cristiano Ronaldo soulignent l’ingratitude de la mission des lieutenants dans la légion galactique. La lumière, cette fois, est pour lui.

Avant même d’être amputé, son bilan sportif en équipe de France était plus mitigé. Deux championnats d’Europe ternes (2008 et 2012), une contribution cruciale au France-Ukraine 2013, une belle Coupe du monde 2014 dont il n’aura pu être l’homme providentiel : en 81 sélections (27 buts), le Madrilène est resté entre deux eaux.

Coupable idéal

S’il a payé le marasme des Bleus post-2006, il a aussi fait les frais du délire identitaire qui a transformé la sélection en exutoire de nos pathologies nationales. Dans le procès des origines mené pour non-exemplarité contre les internationaux « issus de l’immigration », Benzema fut un coupable idéal.

Sa défiance envers les médias, sa morgue apparente, sa volonté de communiquer avec ses propres codes lui avaient d’emblée coûté un malus. Il s’est vu reprocher de ne pas chanter l’hymne national et ressortir indéfiniment des propos tenus à dix-huit ans sur son choix entre les sélections française et algérienne.

Quelques enragés ont même prêté les pires intentions à… un crachat malencontreux après une Marseillaise jouée à Santiago-Bernabeu en hommage aux victimes des attentats de novembre 2015.

Lui-même a livré des munitions à ses détracteurs en alimentant la chronique des faits divers. Mêlé à « l’affaire Zahia » en 2010 (il sera relaxé), il n’a jamais rompu avec un entourage encombrant – plusieurs de ses proches ont été mis en examen en 2018 pour « tentative d’enlèvement et d’extorsion ».

Surtout, son intervention a minima ambiguë – le parquet a récemment demandé son renvoi devant le tribunal correctionnel – dans la tentative de chantage à l’encontre de Mathieu Valbuena a scellé son sort avec la sélection et dans l’opinion.

Plus une question de justice

Ceux qui, depuis, demandent son rappel en bleu ne voient ni le problème moral au-delà de la question judiciaire, ni la situation intenable qui en aurait résulté. Ce n’était plus une question de justice sportive – encore moins pour une sélection qui a su se passer de lui. Benzema : sacré à Madrid, perdu pour la France.

Il a, certes, continué à servir d’exutoire, l’affaire galvanisant les imprécateurs et suscitant l’intervention intempestive du premier ministre Manuel Valls, en décembre 2015.

De quoi étayer la défense de « KB9 » (bientôt assurée par Eric Dupont-Moretti) et la thèse du caractère « politique » de son bannissement. Pas de quoi accuser Didier Deschamps et le président de la Fédération française de football (FFF), Noël Le Graët, longtemps ses meilleurs soutiens, d’avoir « cédé à une partie raciste de la France ».

Sur les réseaux sociaux, en « likant » des messages offensants pour le sélectionneur ou en cautionnant l’inepte rivalité mise en scène entre lui et Olivier Giroud, il figea sa position : flatter sa base de supporteurs, se poser en victime, suggérer un complot, ne pas assumer ses responsabilités…

A prendre plus de coups qu’il n’en méritait, Benzema a ainsi fini par entériner sa propre « déchéance de nationalité sportive », au point d’affirmer, en novembre 2019, qu’il envisageait de jouer pour une autre sélection – ce que les règlements ne permettent pas. Le divorce était prononcé depuis longtemps, aux torts partagés.




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