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Inoubliable interprète de « Mon truc en plumes », la ballerine et chanteuse de music-hall Zizi Jeanmaire est morte

Zizi Jeanmaire à Paris, en 1961.

Le grand public se souvient plus d’elle pour son célèbre « Truc en plumes » qui l’a popularisée, faisant bouger les lignes entre danse classique et music-hall. Il faudrait aussi citer sa remarquable interprétation du « Jeune homme et la mort » aux côtés de Rudolph Noureev, ou encore son rôle-titre dans le ballet « Carmen » chorégraphié par Roland Petit, dont elle était la muse et l’âme-soeur. Renée Marcelle Jeanmaire, dite Zizi Jeanmaire est morte vendredi 17 juillet à 96 ans.

« Ma maman s’est éteinte paisiblement cette nuit à son domicile de Tolochenaz dans le canton de Vaud », en Suisse, a annoncé sa fille Valentine Petit. Une cérémonie publique aura lieu en septembre pour lui rendre hommage, a-t-elle précisé.

Zizi Jeanmaire a promené ses jambes gainées de noir, ses plumes et ses paillettes sur les scènes du monde entier, bouleversant les frontières traditionnelles de la danse, de la chanson et du music-hall.

Malicieuse, enthousiaste et travailleuse acharnée, elle a tout exploré : ballet, comédie musicale, théâtre, récital, télévision, revue, mêlant les genres avec jubilation, sans jamais perdre sa rigueur de danseuse de formation classique, chevillée au corps.

Au coeur de toutes les créations de Roland Petit

Sa carrière est étroitement liée à celle de Roland Petit, l’un des plus grands chorégraphes français et l’homme de sa vie, mort en 2011. Ils se sont rencontrés la première fois en 1933, quand ils avaient 9 ans chacun, à l’école de danse de l’Opéra de Paris. Ils se marient en 1954 et ont une fille. Zizi sera au coeur de toutes ses créations.

Renée – de son véritable prénom – Jeanmaire naît le 29 avril 1924 à Paris. « Petit rat » à l’Opéra, elle en claque la porte sur un coup de tête, à 19 ans : « on rêvait d’aller voir le monde… j’avais envie de gloire, d’être reconnue avec autre chose que Giselle », l’héroïne d’un grand ballet romantique.

« Sans fausse pudeur ni modestie, je dois avouer que jamais je n’ai eu de doute sur ma carrière »

Au sein de la toute nouvelle compagnie de Roland Petit, les Ballets de Paris, Zizi s’illustre dans « Carmen » en 1949, à la chorégraphie étonnamment moderne et audacieuse. Cette Carmen aux cheveux à la garçonne – coiffure que Zizi ne quittera plus –, brûlera les planches à Paris, à Londres, à Broadway, sept mois à l’affiche.

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Elle se révèle aussi dans « La Croqueuse de diamant » en 1950, dans un genre alors inconnu : le ballet sur pointes avec chansons. Elle travaille un temps à Hollywood et à New York. Le grand producteur Sam Goldwyn lui conseille de garder comme prénom de scène « Zizi », le mot qu’elle répétait (« Mon zizi ») quand sa mère l’appelait « Mon Jésus ».

Dans les années 50, elle apparaît au cinéma dans des films, souvent de danse, comme Hans Christian Andersen de Charles Vidor, Folies-Bergère et Charmants garçons d’Henri Decoin, Guinguette de Jean Delannoy.

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« Des yeux à vider un couvent de trappistes en cinq minutes »

Zizi Jeanmaire et Roland Petit, en 1963.

Raymond Queneau, Serge Gainsbourg ou Barbara vont se mettre à écrire ou à composer pour « Mademoiselle Jeanmaire ». Boris Vian disait qu’elle avait « des yeux à vider un couvent de trappistes en cinq minutes » ou encore « une voix comme on n’en fait qu’à Paris ».

Yves Saint Laurent, qui l’habilla durant quarante ans, estimait qu’« il lui suffisait d’entrer en scène pour que tout prenne vie, feu et flammes ». « Sans elle, Paris ne serait pas Paris », s’émerveillait Louis Aragon.

A l’Alhambra, en 1961, elle triomphe avec la chanson « Mon truc en plumes » de Bernard Dimey et Jean Constantin : « Plumes de zoiseaux, De z’animaux/Mon truc en plumes, C’est très malin/Rien dans les mains, Tout dans l’coup d’reins », chante-t-elle. « C’est un superbe numéro de music-hall que j’ai présenté dans le monde entier et qui est probablement l’un des plus beaux du genre », notait-elle.

Elle monte sur les planches notamment dans « La dame de chez Maxim », donné plusieurs centaines de fois en 1965-66. « Quand je jouais cette pièce, on ne comprenait pas que j’aille tous les matins au cours de danse : mais pour moi, c’était la base, je savais que je serais en pleine forme le soir », assurait-elle.

La danseuse interprète en 1966 « Le jeune homme et la mort » aux côtés de Rudolf Noureev pour une version filmée puis continue à se produire dans des revues flamboyantes, comme « La Revue » et « Zizi je t’aime » au Casino de Paris, reprise par le couple Petit-Jeanmaire en 1970.

A 85 ans passés, son « port d’attache » demeurait l’Opéra de Paris :

« je connais tous les danseurs, tout ce qui s’y passe. Et je continue à vivre, maintenant que je ne monte plus sur scène, à travers ça ».

L’annonce de sa mort a suscité de nombreuses réactions émues dans le monde de la danse. « Une femme et une artiste exceptionnelle nous quitte. Zizi Jeanmaire restera à jamais dans nos mémoires, unique et inimitable. Zizi on t’aime », a écrit sur Instagram Manuel Legris, ancien danseur étoile de l’Opéra de Paris. « Jamais nous t’oublierons chère Zizi », a commenté l’ancienne étoile Marie-Agnès Gillot.

Le Monde avec AFP




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