Gabon

Grve aux Eaux et forts : Une crise de gouvernance


Le mouvement dhumeur en cours nat des doutes sur lefficacit des politiques mises en uvre et, peut-tre mme, du rle attribu Lee White depuis maintenant 11 ans.Au choix, on peut parler de ras-le-bol ou de trop-plein. Depuis deux semaines, le Syndicat national des agents des Eaux et forts (Synapef) observe une grve gnrale illimite. Sur saisine du ministre des Eaux et forts, son prsident a t plac en garde vue. Officiellement, il est reproch Didier Atome Bibang trois choses : interception dune correspondance officielle, dnonciation calomnieuse et, non-respect des mesures barrires. Tout simplement surraliste !!! Cest dire si le mouvement dhumeur en cours ne repose pas seulement sur les revendications exprimes. Cest aussi dire sil rvle dabord une crise de gouvernance, ne des doutes sur lefficacit des politiques mises en uvre et, peut-tre mme, du rle attribu Lee White. Cest enfin dire si la ligne jaune vient dtre franchie.

Mutation inaboutie

Comme si le Gabon ntait pas un pays de tradition forestire, comme si rien navait t fait avant, le secteur forestier a, depuis 11 ans, progressivement sombr dans une inscurit politique, juridique et institutionnelle. Sans tude dimpact socio-conomique, en violation des dispositions lgales, il a t dcid de ne plus exporter de bois en grumes. Lance en 2011, la rforme de la loi ddie na jamais abouti : ayant mobilis dimportantes ressources humaines et financires pendant prs de sept ans, le projet de texte soumis au Parlement a fini par tre retir. Personne ntant mme de justifier cette subite volte-face, la stratgie du gouvernement demeure un mystre. Surtout dans un contexte o 10 personnalits se sont succd au poste de ministre des Forts en 11 ans. Or, cette administration a t secoue par plusieurs scandales de corruption jamais lucids. Si les agents ont toujours fait montre dune rserve aux confins de la passivit, leur mouvement de colre peut sentendre comme le signe dune exaspration, la traduction dun dsir de mettre le hol une gouvernance hasardeuse.

Pour le pouvoir excutif, la nomination de Lee White aura sans doute t la faute de trop. Se prsentant comme un proche, un ami voire un intime du prsident de la Rpublique, lactuel ministre a toujours pris des liberts avec les lois et rglements. Se dcrivant comme linspirateur de la plupart des rformes, il sest forg une image dhomme dinfluence, de personne incontournable dans la prise de dcision. Or, la pertinence, comme lefficacit des rformes engages, reste dmontrer. Mme si le gouvernement aime vanter laccroissement de la contribution de la filire bois au Produit intrieur brut (PIB), la mutation des oprateurs et de ladministration est demeure inaboutie.

La confiance, lautorit et le respect se cultivent

Vieux baroudeur du milieu forestier, lactuel ministre devait en avoir conscience. Au lieu de multiplier les promesses ou den initier de nouvelles, il aurait gagn parachever les rformes en cours. Sil avait choisi daccompagner ou dacclrer la rvision de loi forestire, il aurait donn ses partenaires des raisons desprer. En retirant le projet de texte du circuit lgislatif, il a remis en cause leurs efforts. Comment stonner ensuite de leur dsapprobation ? Sauf faire montre de navet, on ne peut remettre en cause un travail collectif, fruit de plusieurs annes de rflexion, et sattendre une adhsion des parties. A moins de faire montre doutrecuidance, on ne peut se ddire et demander autrui dy croire. Ni la confiance, ni lautorit encore moins le respect de lautre ne simposent deux-mmes. Ces valeurs sacquirent, se cultivent et sentretiennent.

Pour son malheur, Lee White sest, semble-t-il, montr hgmonique dans la relation aux autres, nhsitant pas user de largument dautorit pour mieux intimider ses interlocuteurs. Par biais de confiance excessive, il a fini par saliner le soutien de ses administrs. En clair, il faut analyser la situation actuelle comme laboutissement dun processus datant de lpoque o le secrtaire excutif de lAgence nationale des parcs nationaux (ANPN) cherchait en imposer aux diffrents ministres des Forts, au nom dune proximit suppose davec Ali Bongo. Fallait-il en rajouter en suscitant linterpellation du prsident du Synapef ? Sil entend ramener la srnit, sil veut se donner une chance de faire de la politique, lancien secrtaire excutif de lANPN doit repenser sa relation aux partenaires. Il doit apprendre se soumettre la rgle de droit, mieux faire circuler linformation, travailler aux cts de tout le monde et rendre des comptes. Au risque de le payer cash, il ne peut continuer user du name dropping.




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