Europe France

« En s’endettant ensemble pour 30 ans, les Etats membres de l’UE disent aussi leur volonté de rester ensemble »

Virginie Malingre : L’accord repose sur un plan de relance de 750 milliards d’euros, empruntés sur les marchés au nom des Vingt-Sept, et destiné à aider les pays les plus touchés par la crise liée au coronavirus. Cette dette commune sera d’abord un outil de solidarité, qui fait franchir à l’Europe un nouveau pas vers une Union de transferts. En effet, sur les 750 milliards d’euros affectés au plan de relance, 360 milliards seront prêtés aux Etats membres qui le souhaitent – ils y trouveront le moyen de s’endetter à de meilleures conditions qu’en allant seuls sur les marchés, mais ils devront rembourser ces sommes – et 390 milliards leur seront transférés d’ici à 2023, sous forme de subventions qui, elles, seront remboursées par les Vingt-Sept.C’est difficile de dire quel camp l’a emporté. Je pense que c’est l’Europe qui est gagnante. En réalité, la France et l’Allemagne ont fait beaucoup de compromis pour sauver leur plan, auquel ne s’opposaient; en fait, pas beaucoup de pays. Il y avait les “frugaux” – Pays-Bas, Autriche, Suède, Danemark – et leur allié finlandais, viscéralement opposés à ce plan qui, parce qu’il est un instrument fédéral et d’intégration, change profondément le modèle de la construction européenne. Ils ont donc durement monnayé leur ralliement et ont notamment obtenu la baisse du montant des subventions (de 500 à 390 milliards) et une hausse des rabais dont ils bénéficient sur le budget européen. A l’est, la Pologne et la Hongrie n’étaient pas hostiles au plan de relance mais ne souhaitaient pas qu’il soit l’occasion d’instaurer un lien entre le respect de l’état de droit et le déboursement des fonds européens. Même si un mécanisme a été instauré dans cet esprit, il reste très flou et peu efficace, et l’on peut donc dire qu’ils ont obtenu gain de cause.

Par ailleurs, pour accéder à la manne du fonds de transition juste, qui aide les économies les plus carbonées dans leur transition climatique, la Pologne aurait dû s’engager à poursuivre l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050, objectif que s’est donné l’UE au cours d’un sommet en décembre 2019 et auquel, à l’époque, elle a refusé de souscrire. Il n’en est désormais plus question, et le gouvernement de Mateusz Morawiecki pourra avoir accès à cet argent, si tant est qu’il ne remette pas en cause le principe selon lequel l’Union européenne, dans son ensemble, veut respecter l’accord de Paris sur le climat.


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