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D’Isadora Duncan à Harry Potter, l’écharpe à tous les cous

Echarpe Alix, en laine, A.P.C., 150 €.

La légende rapporte que, sur le conseil de son médecin, le troisième duc de Cracovie, atteint d’un fâcheux torticolis, aurait tricoté en 1793 une écharpe – la toute première en date – si longue, si grande, qu’elle se serait coincée dans le patin de son traîneau. Douteuse, cette anecdote de mort par auto-­strangulation, qui ressemble à s’y méprendre au véritable accident de la danseuse Isadora Duncan en 1927 à Nice, comble un vide historique sur les origines de l’écharpe, semble-t-il plus modestes, plus lointaines et plus anonymes.

Un bon siècle plus tard, l’hiver 1914 est rude, les soldats grelottent de froid. L’industrie mobilisée, les femmes sont appelées à pallier l’impréparation générale en envoyant des lainages. De première nécessité sur le front, l’écharpe doit cependant toute la superbe de son jeté derrière l’épaule aux mondes de l’automobile et de l’aviation.

A Oxford, Cambridge ou dans tous les établissements prestigieux anglo-saxons, les étudiants, fiers d’arborer les valeurs de leur clan, la portent rayée des couleurs de leur université, comme Harry Potter. Leurs parents lui préférant fourrure et cols larges de manteau.

Des crevettes rock embobinées

En dehors des campus, de quelques écrivains fauchés et de comédiens enroués, l’écharpe se fait discrète. Ce n’est en vérité qu’à partir des années 1980 que l’on voit s’opérer un basculement. Fidèle acolyte du bonnet, l’écharpe délaisse son image goutte-au-nez et crève l’écran avec Sophie Marceau dans La Boum, puis dans Conte d’hiver, Un jour sans fin, Love Actually, Eyes Wide ShutFrançois Mitterrand en fait un emblème socialiste. Bientôt, les rappeurs développeront une certaine fascination pour le modèle iconique de Burberry marqué du fameux Nova Check.

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Dans sa collection automne 2005 pour Dior Homme, Hedi Slimane fait défiler des crevettes rock comme embobinées dans des écharpes de trois mètres. Succès. En 2015, chez un peu tout le monde, la tendance aux écharpes géantes, entre le châle et le plaid, prend le relais.

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Aux abords des défilés, plutôt que de s’effacer dans des manteaux, les fashionistas les utilisent pour tenir l’angine à distance tout en dévoilant le travail de super­position et de drapé de leur mise. Se découvrir l’hiver est alors du plus grand chic. Cinq ans plus tard, parkas, doudounes, manteaux oversize les préservent de l’hypothermie. L’écharpe retourne alors à son rôle de doudou, son meilleur connu à ce jour.

Echarpe en laine, Acne Studios, 240 €.
Echarpe en jacquard de laine et soie avec logo et motif Love, Burberry, 290 €.
Echarpe Givenchy Chaîne, en jacquard de laine, Givenchy, 350 €
Echarpe à rayures en mohair, Saint Laurent par Anthony Vaccarello, 495 €.
Echarpe en laine et mohair, Jil Sander by Lucie et Luke Meier, 290 €.
Maxi écharpe en laine brodée CDC, en laine, acrylique et polyester, Comptoir des cotonniers, 95 €.

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