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Dans la calanque de Sormiou, à Marseille, le paradis en héritage

Calanque de Sormiou, Marseille, France, juillet 2020 GEOFFROY MATHIEU POUR M LE MAGAZINE DU MONDE

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Publié hier à 02h35, mis à jour hier à 05h14

Il est un moment de la journée qu’elle ne louperait pour rien au monde. Cet instant magique lorsque le soleil sort au-dessus des crêtes du cap Morgiou et éclaire Sormiou du côté de la plage. La lumière progresse sur les parois de calcaire qui plongent presque à pic vers le tapis de posidonies au fond de l’eau. Les cigales se mettent alors à chanter au rythme de ce rideau d’ombre qui s’ouvre lentement sur la calanque. Anne Soisson aime se lever à 5 heures pour ce « grand bonheur » qu’elle goûte depuis la terrasse de son cabanon ou pour sa première traversée à la nage d’un bord à l’autre. « Plus je vieillis, plus je suis attachée à Sormiou », confesse-t-elle.

Elle n’avait que quelques mois lorsque ses parents l’ont amenée pour la première fois ici, pour des vacances dans la cabane de pêcheur de son arrière-grand-père, aujourd’hui l’un des 126 cabanons de Sormiou. A 55 ans, Anne y a passé tous ses étés, ou presque tous, à l’exception de la période où les vacances avec papa-maman, non merci. Elle y est revenue à 27 ans, à la naissance de sa fille. Avant elle, ses parents avaient connu les mêmes vacances dans la calanque, les mêmes rythmes de la journée au gré de l’intensité de la chaleur.

« Vous vous rendez compte que mes grands-parents venaient depuis Auxerre s’installer pendant trois mois à Sormiou en descendant les pains de glace sur des ânes, avec deux bonnes pour s’occuper des enfants. » Parmi eux, Alain, le père d’Anne, et Jean-Pierre, son oncle. Le premier a perpétué la tradition des enfants de Sormiou, « des sauvageons hirsutes et pieds nus qui passent la journée dans l’eau et dans la colline avant de rentrer épuisés au cabanon, l’estomac dans les talons et les orteils pleins d’épines d’oursin qu’il faut extraire à la pince à épiler ».

Un estivant nommé Jean-Pierre Soisson

Le second préférait travailler ses maths sous les cannisses de la terrasse. Les vacances studieuses ont payé : Jean-Pierre Soisson deviendra maire d’Auxerre (1971-1998) et incarnera l’ouverture politique quand, après avoir été ministre de Valéry Giscard d’Estaing, il intégrera le gouvernement de Michel Rocard. Il fut aussi réélu en 1998 grâce aux voix du Front national à la tête de la région Bourgogne. « Jean-Pierre, il descendait se baigner à midi et demi, le reste du temps il était à ses études », confirme André Orus, 87 ans, dont « quatre-vingts de Sormiou », alias Dédé, également surnommé « le muet » tant il a de choses à raconter.

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