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Contrôles, radars antibruit… Les motards bruyants dans le viseur des pouvoirs publics

Opération de contrôle des nuisances sonores des deux-roues motorisés (motos, scooters) par des agents de la Ville de Paris, place de la République, le 9 juillet 2020.

La Yamaha de Jean-Louis est garée sur le bas-côté, place de la République, à Paris. Derrière le moteur, poussé à 4 000 tours/minute, trois mesures sont prises par les policiers de la brigade spécialisée de la Mairie de Paris qui mènent ce matin-là une opération de contrôle des nuisances sonores : 97, 96 et 95 décibels (dB) s’affichent sur l’écran du sonomètre placé à proximité du pot d’échappement, soit environ 10 dB de plus qu’autorisé, selon la carte grise de la moto de 1 300 cm3. « Je pensais franchement que mon pot était homologué », assure le motard, casque posé sur le réservoir. Sur les deux pots d’échappement de Jean-Louis manque pourtant la chicane, un embout qui réduit le bruit du véhicule. Il écopera d’une amende de 90 euros.

En septembre 2019, la Mairie de Paris s’est équipée d’appareils afin de contrôler, avec ses propres agents, les nuisances sonores des deux-roues les plus bruyants dans la capitale. « Ça pèse beaucoup sur le quotidien des Parisiens, et cela peut entraîner des problèmes de santé », explique le nouvel adjoint à la sécurité d’Anne Hidalgo, Nicolas Nordman, venu observer comment se déroulent ces opérations.

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Les motos et scooters sont la seconde cause de nuisance sonore la plus citée par les Franciliens derrière le voisinage, selon une étude du Crédoc réalisée en 2016 pour Bruitparif, un observatoire associatif du bruit en Ile-de-France. Et, selon le même organisme, créé en 2004 sur volonté de la région, le bruit ferait perdre à chaque habitant des zones densément peuplées de la région plus de dix mois de vie en bonne santé.

Comportements condamnables

Mais, au guidon d’une moto, « le bruit fait partie de la sensation de conduite, on ne va pas vous mentir », reconnaît Jean-Louis. Et puis, ajoute-t-il, s’il a enlevé les chicanes de ses pots, « c’est pour que les automobilistes nous entendent ». « Dans Paris, [la largeur des voies] se réduit, forcément les motos sont obligées de se faufiler, on nous voit de moins en moins. » Un argument répété par Hadi, également arrêté sans chicane dans le pot de son gros scooter, « mais au moins je sais que les gens m’entendent ».

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C’est certain. Selon une simulation de Bruitparif, une moto débridée peut réveiller à elle seule une dizaine de milliers de personnes en un seul trajet nocturne dans la capitale – vingt fois moins avec un pot normalisé. « Même avec les fenêtres fermées, ça risque de perturber le sommeil, sans forcément de réveil conscient », explique Fanny Mietlicki, la directrice de Bruitparif.

Et si ces contrôles, en hausse dans la capitale, permettent de repérer les véhicules hors des clous, « ça ne sanctionne pas forcément les comportements bruyants : il n’y a pas que l’engin, mais aussi la façon de conduire, note-t-elle. Des motards qui accélèrent outre mesure, ça ne se voit pas à l’arrêt », alors que de tels comportements sont condamnables en soi.

Des radars antibruit bientôt en test

La vallée de Chevreuse, dans le sud-ouest de l’Ile-de-France, est le paradis des motards de la région. Chaque dimanche ensoleillé, ils viennent profiter de ce parc naturel régional et de ses beaux virages. Ses habitants subissent, eux, une « situation invivable », déplore Jean-Noël Barrot, député (MoDem) de ce coin des Yvelines, préoccupé par la question. Lui aussi reste sceptique face à des contrôles statiques. L’élu assure que ces vérifications policières manuelles « nécessitent un engagement très fort des forces de l’ordre, alors qu’elles ont d’autres missions à accomplir ». D’où l’idée de radars antibruit automatiques, « des manières d’inciter à des comportements vertueux et de soulager les forces de l’ordre ».

Les agents contrôlent la bonne conformité des pots d’échappement et mesurent avec un sonomètre si le bruit est conforme à l’autorisation indiquée sur la carte grise.

Depuis quelques années, Bruitparif travaille au développement d’un outil adéquat. L’enjeu, « c’est d’être en capacité d’identifier la provenance d’un bruit, d’en avoir une traçabilité », détaille Fanny Mietlicki. Ses services techniques ont développé la Méduse, un capteur de bruits environnementaux. Accroché en hauteur, sur un lampadaire par exemple, l’appareil ressemble à ces caméras de vidéosurveillance avec une boule noire pointée vers le bas. La Méduse , elle, possède quatre tentacules avec un microphone à chaque extrémité. C’est en croisant les mesures sonores à un appareil photo placé entre les micros que le système peut identifier précisément l’origine du son.

Le président de Bruitparif, Didier Gonzales, l’assure : cette technologie n’est rien de moins qu’une « révolution ». « Désormais, on est capable de dire qui fait du bruit, et à quel niveau. Ce qui ouvre la porte à des mesures de prévention ou de verbalisation. » Un amendement à la loi d’orientation des mobilités, votée fin 2019, permet de lancer l’expérimentation de ces radars sur deux ans.

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Dès le décret d’application paru – d’ici la rentrée, selon Jean-Noël Barrot –, une poignée de villes sélectionnées par le ministère de la transition écologique pourront se lancer dans l’expérimentation de ce qui pourrait être le premier radar antibruit au monde. Il faudra alors étalonner les appareils et régler de nombreuses questions techniques mais, « sous deux ans », selon le député, des motards pourraient être verbalisés de manière automatique pour infraction sonore, à la manière des radars de vitesse.


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