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« BlackRock poursuit son rêve de transformer le capitalisme financier pour en faire un instrument du changement »

Le siège de BlackRock, à New York, le 13 janvier 2021.

Pertes et profits. Les mouvements tectoniques sont imperceptibles, puis soudain très violents. En quelques secondes des villes disparaissent, des montagnes surgissent. Le réchauffement climatique est du même ordre, et la planète finance se prépare au choc. Pour cela, elle doit d’abord prendre sa température, et agir. Comme chaque année, Larry Fink, le patron de Black­Rock, premier gestionnaire d’actifs au monde, a pris sa plume, mardi 26 janvier, pour évoquer ce tremblement de terre à venir, dans ses lettres qu’il adresse aux entreprises dont il est actionnaires et à ses clients, fonds d’investissement ou de retraite qui lui confient leurs économies.

Et cela fait beaucoup d’argent, près de 8 680 milliards de dollars, soit plus que la capitalisation de l’ensemble des entreprises cotées dans l’Union européenne. Cela lui donne en théorie une puissance considérable d’influence sur la stratégie des entreprises. Dans la réalité, il est un investisseur bien trop passif, comme le lui reprochent les innombrables associations qui suivent l’éléphant à la trace.

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Elles lui demandent de bannir les mauvais élèves, comme le font déjà d’autres acteurs de la finance. Il reste actionnaire de producteurs de charbon ou de pétrole, même si, dans sa missive de 2020, il s’est engagé à sortir des sociétés dont le charbon compte pour plus de 25 % de leur chiffre d’affaires. Et ses fonds spécialisés ne représentent que 2 % du total de son encours. Cette année, il va un cran plus loin.

Engagements

D’une part, il entend demander à près d’un millier d’entreprises dont il est actionnaire de publier leur trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans l’objectif de zéro émission nette en 2050. D’autre part, à la fin 2021, il publiera la température implicite de ses différents fonds et indices, et les objectifs en 2030 et 2050.

Par exemple, l’activité des entreprises du CAC 40 représente une moyenne de réchauffement de 3 °C à 4 °C, totalement incompatible avec les objectifs de moins de 2 °C de l’accord de Paris. Enfin, il promet de se réveiller en assemblée générale des actionnaires pour demander des engagements, révoquer des administrateurs, et soutenir les résolutions contraignantes.

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Son constat est simple. Ses clients fonds de pension sont de plus en plus exigeants en la matière et la valorisation boursière des réfractaires au zéro émission en 2050 va fondre comme neige au soleil. Il poursuit ainsi son rêve de transformer (sauver ?) le capitalisme financier pour en faire un instrument du changement. Mais pour cela, il faudrait changer d’échelle, et vite.


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