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Annette Mbaye d’Erneville, retour sur le parcours de la première femme journaliste au Sénégal


Son nom est gravé en or tant dans les pages de l’histoire du journalisme au féminin que celle du féminisme au Sénégal et en Afrique.

Son nom est gravé en or tant dans les pages de l’histoire du journalisme au féminin que celle du féminisme au Sénégal et en Afrique. Une des initiatrices du mouvement féministe en Afrique, entendu dans le sens du militantisme pour la gent féminine, Annette Mbaye d’Erneville a consacré sa vie au combat pour le respect et la promotion des droits des femmes. C’est au nom de ces principes que Mère-bi réussira à changer le regard souvent minimalisant porté sur les femmes par une société foncièrement phallocrate. Femme de lettres et spécialiste en communication, Annette Mbaye d’Erneville, quoique octogénaire, continue d’éclairer la voie et la voix aux femmes désireuses de sortir de plus en plus de l’aphonie.

Née à Sokone en 1926, Annette Mbaye d’Erneville fera ses études primaires à l’Ecole des sœurs de St-Joseph de Cluny à Saint-Louis avant de regagner l’Ecole normale de Rufisque à l’instar d’autres défenseuses de la gent féminine telle que Mariama Ba. Ses études supérieures seront ainsi couronnées de succès et la mèneront dans un domaine qui était jusque-là le monopole des hommes : le journalisme. Son diplôme obtenu dans cette filière, à Paris, fera d’elle la première femme journaliste au Sénégal, avec la radio comme spécialisation.

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Le journalisme pour promouvoir la Femme et l’éducation des jeunes 

Pendant très longtemps donc, après son retour au Sénégal en 1957, Annette Mbaye d’Erneville se consacrera à l’écriture, dont le journalisme et la poésie. Sa passion pour le premier la poussera à lancer dès son arrivée au pays natal un journal dont rien que le nom en dit long sur sa ligne éditoriale : « Femmes de soleil » qui deviendra « Awa » plus tard, en 1963. L’intitulé de ces supports est dicté principalement par la volonté affichée de la journaliste de rendre audible la voix féminine suave étouffée dans le brouhaha rauque des hommes à la voix grave.

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Enseignante de formation, sortie de l’Ecole normale de Rufisque, elle saura appliquer les connaissances acquises au profit d’une plus grande communauté. A travers la radio où sa voix retentira de façon éloquente, Annette Mbaye assure son rôle d’institutrice en tant que directrice des programmes de la radio Sénégal. Cette charge sera pleinement assumée par celle qui, au fil des années, aura fortement participé à la promotion de la culture sénégalaise, et les rencontres cinématographiques de Dakar (RECIDAK), mises en place en 1990, en ont une preuve irréfragable. Cet engagement est surtout dicté par le fait que Mme Annette Mbaye est avant tout une femme de lettres, une écrivaine difficile à classifier tant elle mange dans tous les plats des genres littéraires.

En 2018, le ministre de la Culture, Abdou Latif Coulibaly, n’avait pas manqué de souligner l’énorme rôle joué par Annette Mbaye dans le développement du secteur. Lors de cette cérémonie visant à faire revivre les RECIDAK, le ministre ne tarissait pas d’éloges au sujet de celle qu’elle appelait « Tata Annette ». Selon lui, « cette grande dame s’est toujours attachée, pendant de nombreuses années, et s’est sacrifiée, avec une équipe dévouée, à défendre une conception du cinéma et de la production cinématographique respectueuse du pluralisme ». Il saluait en plus « la sagesse de la femme engagée pour toutes les causes justes, en particulier pour celles de la femme et enfin comme la créativité du cinéma et l’amour de l’esthétique artistique ».

Le 7ème art et la littérature pour panser les maux de la société

Un regard sur la carrière littéraire d’Annette Mbaye d’Erneville nous permet de découvrir  une femme prolixe à la plume stylée. En effet, cette figure de proue du féminisme en Afrique est auteure de plusieurs œuvres dont l’essentiel relève de la poésie. Il s’agit entre autres de Kaddu publié en 1966, Chansons pour Laity en 1976, le Noel du vieux chasseur en 1983, la Bague du cuivre et d’argent en 1983. Dans l’essentiel de ses productions littéraires, Mme Mbaye laisse apparaitre son rôle d’éducatrice et, à l’image des humanistes, dépeint une société en manque de vertus pour s’en désoler. C’est pourquoi des thèmes comme l’humanité, la tortuosité, la traîtrise, reviennent en boucles pour donner du sens au thème de prédilection de l’écrivaine, le mieux-être des femmes.

Sur un autre registre, Annette Mbaye aura une bonne presse sur le plan cinématographique. En sus d’être initiatrice des RECIDAK, « Mère bi » comme l’appellent certains du milieu du cinéma jouera un rôle actif dans le développement du 7ème art.  Elle apparaîtra comme actrice dans différents films, à l’exemple de « Président Dia » (2012), Lumières sur Ndar (2010), Mère bi, son propre portrait écrit par son fils Ousmane William Mbaye et publié en 2008. Cependant, sa première apparition dans le monde cinématographique remonte en 1971 dans le long-métrage, Kodou, qu’elle a lui-même écrit.

Reconnaissances et mérites

Annette Mbaye n’est pas qu’une femme au servie exclusif de la gent féminine; ce serait réducteur de la confiner dans la question du genre. Même si elle est portraiturée comme une féministe, son humanisme dépasse les distinctions de races, de sexes ou de classes sociales. C’est en effet ce qui va la conduire à s’engager dans des activités humanitaires en prenant faits et causes pour les handicapés. Cet engagement lui vaudra en 2008 le prix Sogolon décerné par le Handifestival en même temps que le président Wade. La vie et lé vécu de Mère bi, ont toujours servi de source d’inspiration aux plus jeunes femmes désireuses de s’engager dans les causes nobles et des carrières comme le journalisme et la littérature.

En 2018, la célèbre costumière, Oumou Sy, révélait à quel degré Tata Annette l’a influencée et aidée à devenir la personnalité qu’elle est. « Si nous, nous avons le courage aujourd’hui, si nous avons osé certaines choses, surtout moi, c’est parce que c’est une référence pour moi » tout en rappelant l’impact sur elle de Mme Mbaye d’Erneville à travers son émission, « L’antenne est à nous », à la radio de Saint-Louis. Aujourd’hui, le parcours d’Annette Mbaye d’Erneville continue d’éclairer la voie aux jeunes, hommes et femmes confondus, qui veulent relever le défi dans divers domaines. Même de là où elle est, en tant que directrice du Musée de la femme à Gorée, Mère bi continue de donner du meilleur d’elle même pour la promotion de la culture.

Par Ababacar Gaye/SeneNews

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