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A Khartoum, Omar Al-Bachir jugé pour son coup d’Etat de 1989

L’ancien président soudanais Omar Al-Bachir le 19 janvier 2011 à Sharm El-Cheikh.

Après avoir passé trois décennies à la détruire méthodiquement, le maréchal Omar Al-Bachir, ex-président soudanais, est confronté, mardi 21 juillet, à la justice d’un pays qu’il ne dirige plus, le sien. Le Soudan au bord de l’abîme, en proie à des pénuries, était descendu dans la rue en 2019, bravant la violence de la répression pour faire tomber son dictateur de trente ans. Mardi, c’est l’acte fondateur de son régime militaro-islamiste qui doit être jugé à Khartoum, lors du second procès où comparaît l’ex-président, consacré aux conditions dans lesquelles il a pris le pouvoir lors du coup d’Etat du 30 juin 1989.

Lors d’un premier procès dans le cadre d’un dossier de détournements de fonds, qui n’avait eu qu’une valeur de test, Omar Al-Bachir avait été condamné, en décembre 2019, à une peine de deux ans de résidence surveillée. Cette fois, il s’expose à la peine de mort. Si cette éventualité semble théorique, il importe qu’il ne comparaisse pas seul. Parmi ses coaccusés, au nombre de seize, se trouvent certains des hommes qui ont compté parmi les acteurs principaux du pouvoir depuis le coup d’Etat de 1989, à commencer par Ali Osmane Taha, l’un des instigateurs du renversement de l’ex-premier ministre, Sadeq Al-Mahdi, et figurant parmi les responsables politiques les plus importants des décennies qui ont suivi.

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Ce procès, s’il a la chance d’être bien mené, pourrait être plus qu’une machine à remonter le temps de la dictature, et opérer un dévoilement du présent. C’est l’espoir que forme l’opinion publique. C’est le risque aussi d’une procédure délicate qui pourrait, justement pour cette raison, être torpillée. Omar Al-Bachir a été renversé le 11 avril 2019 à la suite d’une longue série de manifestations populaires, mais aussi d’un lâchage de ses parrains régionaux et d’une série de revirements au sein des forces de sécurité. Schématiquement, la tête est tombée, mais le système, liant les responsables sécuritaires et leurs alliés, islamistes ou pas, pour contrôler les ressources du pays, est resté.

Contradictions

Comment juge-t-on la masse de crimes, d’abus, de détournements lorsque chute le chef d’un régime qu’il n’a pas dirigé seul ? La question est d’autant plus complexe que les autorités de transition soudanaises associent dans un dosage complexe, partisans des réformes – avec, à la tête du gouvernement, le premier ministre, Abdallah Hamdok –, représentants de la hiérarchie militaire et de l’appareil sécuritaire. Tous avancent avec des précautions infinies pour ne pas laisser éclater leurs contradictions. Il faut à la fois persuader la rue que des changements sont en cours, et éviter un choc frontal avec les rentiers de la dictature, pour ne pas s’exposer à un déraillement de la transition, censée durer jusqu’en 2022.

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